À faire faire à Blond-Blond (Michaël Sellam)

Texte paru dans le catalogue monographique « Science, Fiction, Culture, Capital » de Michaël Sellam, éd. BlackJack, Presses du Réel. Conception graphique Frédéric Teschner.

ENGLISH VERSION BELOW !

 

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Non Lætitia je ne veux pas

Blond-Blond…

Non.

Blond-Blond !

Je suis mort !

Mais c’est super, allez… !

Commence, toi.

D’accord. Alors on dit que vous autres les albinos êtes des éléments de transition dotés d’un prétendu pouvoir, que vous êtes des transmetteurs d’affects et de craintes, que vous êtes des spécialistes du passage d’un monde à l’autre, des maîtres des ténèbres et des passeurs de morts. Il paraît aussi que vous disposez dans l’autre monde de maisons plus belles et plus grandes et même d’un « étage » propre. On dit que vous voyez mieux dans le noir et que vous avez des poils si touffus qu’on ne voit pas la superficie de votre peau. Est-ce ton cas ?

C’est n’importe quoi. Je veux partir.

Te fâche pas, Blond-Blond, tiens on parle un peu de toi, tu préfères ?…

Je suis mort.

Oui je sais. On va parler de toi vivant.

… Très bien. Alors, Blond-Blond, de ton vivant, tu étais chanteur. Tu es né à Oran, tu es juif…

J’étais.

… Tu étais juif et tu faisais partie de ce qu’on a appelé les chanteurs « judéo-maghrébins ».

Nous avons été les acteurs et les témoins d’une musique partagée depuis des siècles avec nos compatriotes musulmans ! Nous avons cultivé ensemble des fleurs de rhétorique qui tirent leur essence et leur fragrance des temps bénis de l’Andalousie, centre névralgique d’un bouillonnement culturel méditerranéen où juifs, chrétiens et musulmans se respectaient et fraternisaient !

OK, OK. Ensuite la plupart d’entre vous ont quitté le Maghreb après les indépendances, et vous, les juifs, vous avez poursuivi votre pratique musicale en France, essentiellement pour un public communautaire. C’est bien ça ?

Oui.

Et ça jusque dans les années 1990, où il y a eu une véritable explosion des sons orientaux qui vous a permis alors d’accéder à une plus large audience, avec notamment le lancement de la collection Trésors de la chanson judéo-arabe, dont tu faisais partie, avec Reinette l’Oranaise et d’autres…

Mm.

Alors c’est amusant parce que toi Blond-Blond, tu avais des surnoms, qui étaient…

Mais si, on t’appelait « l’ambianceur » ! Le plus fantaisiste des chanteurs judéo-maghrébins ! C’est fini ce temps-là, hein ! Et donc parmi tes titres on peut citer : N’oublie pas tes amis, L’Albinos, Où vous étiez MademoiselleEl Banco-Hannouka, Kouftanek Mahloul, Wahran El Bahyia, Ya LahraymiyaViens à Juan-Les-Pins, Ya Bechar, Ghir Ajini Ajini… !

Qu’est-ce que tu veux de moi ?

Oui alors, j’ai entendu dire… que maintenant que tu étais passé de l’autre côté… tu écrivais toujours, mais pas comme avant, pas des chansons… En fait on m’a dit – je ne te dirai pas qui –, on m’a dit que tu faisais passer des textes, des poèmes, des écrits, je ne sais pas de quelle nature… Est-ce que c’est vrai ?

… Donc tu entends des voix, on te dicte ce que tu dois écrire, comment ça se passe ?…

C’est faux.

Je sais que c’est vrai. Raconte-moi !

Non.

Ha ! Tu admets que c’est vrai !

Je n’en ai parlé à personne, je ne vois pas comment tu pourrais le savoir…

Je le savais ! Dis-moi tout ! Tu peux me lire des extraits ? C’est trop excitant !

Ça vient de gens morts comme toi, non ? C’est ça ?

Mais si, ce serait quoi sinon ? La radio, un nuage, des extraterrestres ? Une autre question. Est-ce que tu peux me parler de cet étage propre que vous avez, vous, les albinos, après la mort ? Est-ce que cette pièce est meublée ? Je veux dire la tienne par exemple ? Est-ce qu’il y a beaucoup de meubles, ou pas beaucoup ? Et quels meubles du coup tu as décidé de te procurer quand il n’y en avait pas beaucoup ? C’est important ça, est-ce que tu as su quels meubles il a fallu que tu te procures ?

Je n’ai jamais parlé de ça, c’est toi qui…

Ha oui c’est vrai. Mais dis-moi juste, est-ce que les meubles doivent nécessairement être confortables ? J’imagine qu’il faut qu’ils aient envie de s’installer, ces « gens ». Et est-ce que tu dois évacuer la pièce pour les faire venir ? Je veux dire est-ce qu’il faut que tu sois là ? Qu’est-ce que tu fais ? — Il s’allonge sur le ventre, — Blond-Blond ? — Il est par terre —. Qu’est-ce que tu… ? Tu écris ? Tu écris ! Tu reçois quelque chose !

Calme-toi j’ai juste mal au dos,

Mais tiens ça c’est un poème de Jack Spicer, ça va te plaire.

Je ne sais pas qui est Jack Spicer.

Ça va me plaire ? Mais c’est juste un poème de Jack Spicer.

Tu te tiens mal, ton dos, c’est ça, calme-toi.

Je te le lis.

Voilà.

Maintenant, pour que tu comprennes bien de quoi il est question, il faut que je te demande de décrire ce que je fais. Regarde mes mains.

Je regarde tes mains et tu sors de ta poche trois bouts de papier pliés et chiffonnés. Il y a aussi une toute petite photo en noir et blanc découpée dans un magazine. Les trois autres papiers sont vierges, tu me les montres. Je confirme, ils sont blancs, des deux côtés. — Est-ce que c’est bien nécessaire tout ça ? — D’accord, d’accord, vas-y. Maintenant, tu écris quelque chose sur chacun d’entre eux. Et là tu me montres la toute petite photo en noir et blanc découpée dans un magazine. Tu la reposes et tu me montres à nouveau les trois bouts de papier pliés et chiffonnés qui ne sont plus vierges, tu me les montres encore et tu écris et tu me montres la toute petite photo en noir et blanc découpée dans un magazine.

Regarde bien cette image, qu’est-ce que tu vois ?

C’est quoi ?

Qu’est-ce que tu vois ?

Je vois… je vois deux images. Deux photographies. Je vois deux pièces, deux pièces meublées avec deux familles.

Continue.

Tu le vois aussi bien que moi, non ? Tu veux vraiment que…

Continue.

D’accord, alors je vois que l’une des familles semble plus aisée que l’autre.

En somme je vois une famille riche et une famille pauvre.

Continue.

Que dire de plus, il me semble qu’on se trouve là en Amérique du Sud…

Oui.

Sinon, eh bien, sur la photo du haut, la pièce a l’air plus grande. Il y a un réfrigérateur assez volumineux.

Hm.

Au sol, il y a des tapis et aux fenêtres des rideaux. Les fauteuils, il y en a trois, ils sont larges, ils ont l’air confortables et ils sont recouverts de tissus fleuris. Sur le canapé au fond je vois trois hommes d’âges divers et ils sourient, tous les trois, et ils portent la moustache aussi, tous les trois. Ha, et dans l’angle de la pièce, à la gauche des hommes, il y a un meuble léger, tubulaire, qui s’élève tel un podium à la gloire des trois éléments d’une grosse chaîne hi-fi, deux enceintes et un amplificateur, posés chacun sur un réhaut de linge blanc et recouverts du même genre de napperons proprets, on les croirait recouverts de crème ou je ne sais quoi. Les affiches sont placées très près du plafond, très haut. Mais en regardant bien, j’ai l’impression que le plafond n’est pas si haut que ça.

Hm.

Sur la deuxième, l’espace est exigu, sale, des choses pendent indifféremment du plafond ou jonchent le sol, des effets personnels, de la décoration, de la vaisselle, de la nourriture à droite est stockée sur une étagère à deux niveaux quasi identique en proportions à un lit superposé sur la banquette inférieure duquel sont pliés plutôt qu’assis, face à nous, un homme et une femme qui tient dans ses bras un enfant. L’homme a les yeux levés au « ciel » vers sa droite, en direction d’une fenêtre — mais est-ce que c’en est une ? —, la femme, elle, les a dans le vide, jambes écartées, elle donne le sein.

Très bien maintenant je vais te lire les trois poèmes que je viens d’écrire sur ces trois papiers.

… Voilà.

C’est pas mal, j’aime bien. Je suis assez content de moi en fait.

D’accord, il faut que tu te détendes. Je vais te donner un exercice à faire quand on a été dans une situation très difficile ou très dangereuse et qu’il faut retourner cette situation pour que ce qui a été mauvais devienne bon. Exhale lentement 3 fois et imagine que tu tournes ta tête autour de ton cou sur tes épaules jusqu’à ce que ta tête qui tourne très lentement soit tournée à 180°, c’est-à-dire que le visage regarde au-dessus du dos, regarde par-derrière. Tu entends alors ta voix te dire ce qui est le meilleur pour toi là maintenant. C’est ta propre voix qui vient du plus profond de toi qui te le dit et que tu dois suivre.

Ils ne peuvent pas revenir.

Qui ne peut pas revenir ?

Ils ne peuvent pas revenir. Je veux dire les poèmes, c’est juste des poèmes, ils ne reviennent pas. Tu auras beau essayer – c’est ce que tu essayes de faire non ?…

Quoi donc ?

Ils ne sont pas revenus ?

Vous êtes ma voix ?

Non mais je rêve ! Rien à voir, et ne me parle surtout pas d’images mentales ! Non, je te préviens c’est tout, ils ne reviendront pas. Jamais. Ce ne sont pas des entités physiques. Nous ne les percevons que trop bien ou pas du tout mais ils ne reviennent pas. Tu te souviens peut-être de la fois où il est venu à toi sous la pluie et que tu étais tellement troublé que tu ne pouvais plus avancer. Tu t’en souviens ?

Ha oui ? Oui. C’est possible.

Ça n’arrivera plus jamais.

Ha.

Trop souvent, la fin de ta relation à la poésie c’est le projet de recréer ensemble une mémoire commune. Trop souvent, le bon vient en premier et le mauvais vient ensuite. Tu es leurré par un hors-d’oeuvre et le plat principal a un goût amer de regret et de déception. Tu es trop pris par tes émotions, trop captivé, trop fasciné et tu en oublies souvent les jours qu’il y a eu entre. Le jour où il n’est pas venu, les jours où tu es resté allongé sur son lit à l’attendre. Et est-ce qu’il est venu ? Peut-être une fois, peut-être deux.

Plus, non ?

Peut-être mais la journée merveilleuse que tu as passée à glander au soleil avec lui, ou le jour où il a débarqué sans prévenir alors que tu t’apprêtais à te mettre au lit de bonne heure avec un polar et qu’il est resté là toute la nuit à te faire tourner la tête, ce sont ces moments qui vont te hanter, c’est ceux-là précisément que tu voudras revivre. Mais tu ne peux pas, et tu insistes et tu détruis la poésie, tu la ruines à la vouloir si fort.

Je ne savais pas.

Donc un de ces samedis soirs, quand tout commencera à tourner autour de toi, quand tu commenceras à voir double et que tu iras prendre l’air après quelques verres de trop, ne sois pas surpris de retrouver ton poème dans les mots d’un autre. Ne te pose même pas de question sur ce qui est en train de se passer. Celui-là tu ne l’oublieras pas. La confiance est un objet qui se brise facilement et il n’y a pas une seule superglue dans le monde qui répare assez bien une chose pour la rendre à son état d’origine, peu importe à quel point tu essayes et ce que tu cherches, tu ne le retrouveras jamais. La poésie nous laisse tomber. Les poèmes ne reviennent pas. C’est ça ce que ça fait.

Exhale 1 fois et reviens très lentement par le même chemin jusqu’à ce que ton visage fasse face et regarde en avant de ton cou, et ouvre les yeux, et n’oublie pas ce que ta voix t’a dit. C’était valable pour toi.

Apparemment, ce n’était pas ma voix. C’est ce qu’elle a dit.

Bon, alors maintenant, je vais te donner un exercice pour te nettoyer la peau en profondeur parce que tu en as besoin et que la peau garde la mémoire de tout le passé, il faut la nettoyer de ce qui dans le passé t’a fait du mal.

Est-ce que les choses qui m’ont fait du mal mais au fond étaient bien, vont disparaître ? Parce que ça ne m’arrange pas, il n’y a pas moyen de…

Exhale lentement 3 fois et imagine que tu vas dans le jardin d’hiver de la maison où tu sais qu’il y a des roses et le jardinier t’arrête à l’entrée et te dit : « Non. On ne peut entrer dans le jardin d’hiver que si on est parfaitement désinfecté. Tu viens du dehors, je ne veux pas que tu amènes des microbes sur mes plantes. » Et il prend un râteau et un jet d’eau et il te racle les vêtements et la peau avec le gros racloir qui est un râteau de jardin, jusqu’à ce que ta peau soit tombée et qu’à la place tu aies fait peau neuve. Quand tu as fait peau neuve, il te dit : « Tu peux entrer et choisir la fleur que tu voudras. » Mais tes mains sont raclées comme ton corps donc tu dois faire très délicatement pour ne pas te blesser en cueillant une rose. Tu cueilles une rose. Tu l’as bien méritée. Quand tu sors du jardin ta peau neuve est entièrement reconstituée et elle ne porte plus que les bons souvenirs du passé. Tous les mauvais souvenirs en ont été éliminés. Exhale 1 fois et ouvre les yeux.

Bon, tu triches à ce jeu… ?

Ça je n’en sais rien mais je finirai bien par le savoir.

Non, non, Je n’avais pas fini… à ce jeu si tu te sers du rêve.

Je ne crois pas si le rêve est assez insistant. Je pense qu’un rêve c’est exactement la même chose que tout autre élément dans la pièce. Je ne crois pas que le rêve soit dicté. Ça n’a jamais été le cas pour moi. Ça fait partie des meubles qu’on peut déplacer et arranger pour que les gens puissent s’asseoir. Je ne crois pas que ce soit d’une grande importance. Je ne vois pas le rêve comme une chose dictée. Pourtant, au Moyen Âge ils le croyaient, et ils tenaient le poème pour le produit du rêve. Sauf que les rêves dans, disons, le Livre de la Duchesse de Chaucer, ne ressemblent en aucune façon aux rêves rêvés par un être humain. Ça n’était pas vraiment des rêves. Je doute que les rêves aient plus de signification que nos excréments, ou que n’importe quoi d’autre. Je mets ça très sérieusement en doute. Ils annoncent bien sûr le futur, comme le passé mais je ne pense pas que ça non plus veuille vraiment dire grand-chose. Je crois que les êtres humains sont probablement tout à fait capables de prédire le futur pour un court moment, sans que ça produise, une fois la chose advenue, quoi que ce soit de particulièrement bon. J’imagine que d’ici une centaine d’années ils seront en mesure de le faire électroniquement. Mais je crois que c’est du mobilier. Je crois que ça n’a rien à voir avec le monde d’où viennent les poèmes.

Ai-je bien répondu ?

Comment en es-tu venu à croire ça ? Comment le sais-tu ?

Je ne le sais pas. C’est juste une manière de penser, je veux dire que si soudain je faisais un rêve qui me faisait changer d’avis, il me ferait changer d’avis. Mais je ne crois pas que le monde des rêves soit plus réel que le réel, qui n’est tout bêtement pas si réel que ça. Il me semble qu’entre les deux il y a encore un monde qui s’insinue. Mais le monde des rêves est tellement incohérent ; je veux dire que lorsqu’on explique un rêve, on crée presque un poème, car ce n’est plus le rêve qu’on a rêvé. Le rêve est drôlement incohérent et n’a pas du tout la netteté que lui prête l’explication qu’on en donne. Et puis je ne sais pas j’imagine que tu as déjà raconté des rêves à d’autres personnes, et j’imagine que tu as réalisé que tu mentais en racontant tes rêves, car tes rêves n’étaient pas si nets que ça et que tu les arrangeais. Tu faisais ce que Don Allen a fait avec Kerouac – découper les choses en tranches puis les réarranger dans un bel ordre, apte à servir à la promotion. Je ne sais pas. On doit faire confiance aux rêves, mais pas plus, et l’un et l’autre sont du mobilier.

Parfait. Maintenant exhale et pense à la vieille dame 

qui est en face de toi et qui a essayé 

de te comprendre 

de tout son coeur. Parce que

pour un moment

j’ai été toi.

C’est tout ?

C’est tout. »

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Tu vois, ça s’est bien passé.

Oui, enfin, je n’ai pas tout suivi quand même, l’image par exemple, elle sort d’où ?

La légende disait : « Égaux devant la loi, mais pas devant l’argent. En haut, l’appartement d’une famille de riches narcotrafiquants. En bas, une cellule de pauvres. » J’avais trouvé ça dans un numéro de Courrier International, il y a peut-être sept ou huitans. J’avais découpé l’ensemble des deux photos et j’avais rajouté au stylo à côté de la légende : « Prison ville » et « Bolivie ». Plusieurs années après, j’ai pu retrouver le nom du village prison de San Pedro, à La Paz. Pourquoi j’avais gardé ce bout de papier avec l’image de ces deux cellules ? Pour ça, j’imagine, et puis deux vies dans deux cases, je ne sais pas.

Moi non plus je n’ai pas tout compris, ce Jack Spicer, tu ne m’as toujours pas dit qui c’était.

Ha mais c’est toi qui en parlais, non ?

Je ne crois pas.

Si c’était pas toi c’était qui alors ?

J’en sais rien…

Arrête tu me fais marcher, là.

(Jack Spicer parle en personne à la ligne 209, de la ligne 211 à 227 et de la ligne 229 à 241, quant à Colette Aboulker-Muscat c’est de la ligne 186 à la ligne 188, de la ligne 190 à la ligne 192 et de la ligne 195 à la ligne 206 qu’elle intervient. De la ligne 243 à la ligne 250, on ne sait plus trop qui parle, Colette ou les deux, ndlr)

Peu importe.

Mais j’ai entendu parler de son livre, je l’ai lu entre-temps, il faut le lire, vraiment il est, comment dire, « extra » ! Trois leçons de poétique de Jack Spicer, note-le quelque part. Jack Spicer était gay, catholique à ses heures, et passablement alcoolique au point d’en mourir en 1965 (il avait 40 ans). C’est cette même année qu’il a donné à Vancouver ces trois ultimes conférences, pendant lesquelles il a discuté, avec des étudiants poètes et des amis professeurs, de sa pratique de la poésie. Curieusement, sa poésie n’est pas du tout présente dans cette publication. Il en fait pourtant la lecture, quelques extraits mais sinon rien n’est retranscrit de ces lectures, il faut se reporter à d’autres publications. Ça donne quelque chose de très étrange parce que tout tourne autour de ce qui n’est pas là, et les dialogues en sont d’autant plus énigmatiques. Ça peut faire penser aux MacGuffins d’Hitchcock par moments.

Les quoi ?

Un MacGuffin. En fait c’est toute forme de prétexte au développement d’un scénario. Un vague objet, un collier pour les films de voleurs, un document pour les films d’espionnage. Tout le scénario repose sur les convoitises que suscite le MacGuffin qui entraînent les héros dans moults péripéties, l’objet perd de sa consistance réelle pour devenir quelque chose de l’ordre du désir. Le meilleur MacGuffin qui était celui de La Mort aux trousses, c’étaient les « secrets du gouvernement ». Il en est question pendant tout le film alors qu’ils n’y existent même pas sous la forme de documents, c’est une pure abstraction. Nathalie Quintane en parle du MacGuffin dans son introduction au recueil des « livres » de Spicer — c’est comme ça qu’il appelle ses poèmes sériels, des « livres » — qui a pour titre C’est mon vocabulaire qui m’a fait ça. Et puis celui qui n’est pas là, dans sa poésie j’entends, tout aussi convoité et désirable, comme il le souhaiterait dans l’idéal, c’est Spicer lui-même, puisque ses poèmes lui sont dictés selon ses dires par des fantômes ou des extraterrestres, c’est selon. Il évoque quelquefois par-ci par-là un double de lui-même, un autre, un frère éloigné. Il raconte aussi à son auditoire, souvent partagé quant au sérieux de son discours, que tout ce qu’il sait ne se résume qu’au mobilier qu’il aurait installé dans une pièce, en ayant pris soin de lui-même quitter les lieux, de « l’évacuer de soi » comme il dit. Donc il s’arrange pour ne pas être là mais aussi pour que le martien ou autre trouve quelque chose pour s’asseoir, et le seul moyen selon lui de découvrir de quel meuble on a besoin, c’est d’en manquer. Et plus on avance, et plus les discours se dédoublent pour se contrarier sans qu’aucun ne mène le jeu, comme au base-ball. Pour Spicer, au delà du jeu, le base-ball c’est un véritable modèle de composition individuel et social. Enfin, je te laisse lire le reste, c’est aussi fascinant qu’agaçant. Ha si, un autre point important, souligné dans les notes de Peter Gizzi, c’est que « par bien des aspects, l’utopie de Spicer c’est le désaccord ».

Et la vieille dame ?

Colette Aboulker-Muscat, elle enseigne le rêve éveillé depuis quarante ans à Jérusalem où elle reçoit des thérapeutes et des « élèves », comme elle dit, elle préfère ce mot à celui de « patients ». Ils viennent la consulter au sujet de maladies physiques et psychiques. Patrick Bokanowski, lui, est venu la filmer en 2002. Elle leur propose un bref récit conduisant à un rêve éveillé, comparable en intensité au rêve nocturne. Ça, c’est la base du rêve éveillé en psychothérapie. Mais chez elle, ça prend une forme particulière parce que c’est surtout elle qui parle, enfin, je veux dire, c’est elle qui « fait » ton rêve, à ta place. Ces images mentales servent de base à un diagnostic et à une action thérapeutique qui permettent ensuite de venir à bout d’une difficulté ou d’une maladie. Les points essentiels pour elle, c’est la brièveté de la cure et, surtout, c’est la surprise provoquée par ce récit, comme une sorte de « léger choc ». Elle explique que les Pythies… faisaient des rêves éveillés… dans les temples grecs. Inspirées, elles pensaient alors par Apollon ou par un autre dieu grec quelconque. Mais elle ajoute qu’elle, elle sait que c’est inspiré par l’intérieur de nous-mêmes. Donc elle met la personne en relation avec elle-même. Avec la partie d’elle-même qu’elle ne sait pas trouver parce que la personne a, comme on dit dans le judaïsme, des serrures qui ferment toutes les portes importantes et que elle, Colette Aboulker-Muscat, elle a un porte-clé qui contient toutes les clés. Elle leur donne donc à choisir la clé qui convient à telle ou telle serrure qu’elle veut ouvrir.

Et j’aime autant te dire que là Spicer n’est pas

du tout,

du tout d’accord.

AN EXERCISE FOR BLOND-BLOND

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No, Lætitia, I don’t want to.

Blond-Blond…

No.

I’m dead!

But it’s great, come on…!

You start.

OK. So it is said that you, albinos, are transition elements endowed with a supposed power, that you transmit affect and fear, that you are specialists in crossing from one world to another, in lords of darkness and in carriers of the dead. It is also said that, in the other world, you have nicer and bigger houses, and even your own floor. They say that you see better in the dark and that your hairs are so thick that the surface of your skin cannot be seen. Is this the case for you?

This is nonsense. I want to leave.

Don’t get mad, Blond-Blond, here, let’s talk a bit about you, if you prefer…

I’m dead.

Yes, I know. Let’s talk about you when you were alive.

… Very well. So, Blond-Blond, when you were alive, you were a

singer.

You were born in Oran, you are Jewish…

I was.

… You were Jewish and were part of what was once called the “Judeo-North African” singers. We were the performers and spectators of a music that has been shared for centuries with our Muslim compatriots! Together, we have grown flowers of rhetoric that extract their essence and their fragrance from the blessed times of Andalusia, the nerve center of a Mediterranean cultural vibrancy where Jews, Christians and Muslims had respect for each other and fraternized!

OK, OK. Then, most of you left North Africa after the countries became independent, and you, the Jews, carried on playing music in France, mostly for a community audience. Is this right?

Yes.

And this went on until the 1990s, when there was a real explosion of oriental sounds that enabled you to access a larger audience, notably with the launch of the Trésors de la chanson judéo-arabe collection (Treasures of Judeo-Arab music, in English), of which you were part, with Reinette l’Oranaise and others…

Mm.

So it’s amusing because you, Blond-Blond, you had nicknames, which were…

No, really, they called you “the tastemaker”! The most fanciful Judeo-Arab singer there is! That time is over, isn’t it! And among your songs, there are: N’oublie pas tes amis, L’Albinos, Où vous étiez Mademoiselle, El Banco-HannoukaKouftanek Mahloul, Wahran El Bahyia, Ya Lahraymiya, Viens à Juan-Les-PinsYa Bechar, Ghir Ajini Ajini…!

What do you want from me?

Yes, so, I heard… that now that you have gone to the other side… you were still writing, but not like before, not songs… Actually, I was told — I won’t tell you who told me —, that you were passing over texts, poems, writings, I don’t know of what … Is it true?

… So you hear voices, you are told what to write, how does it work?…

It’s not true.

I know it’s true. Tell me!

No.

Ha! So you admit it’s true!

I haven’t told anyone about this, I don’t see how you could know…

I knew it! Tell me everything! Can you read me a few excerpts? This is too exciting! It comes from dead people like you, doesn’t it?

It must be, what else could it be? Radio, a cloud, aliens? Another question. Can you tell me about this own floor you have, you albinos, after death? Is this room furnished? I mean yours, for instance? Is there a lot of furniture or not? And what piece of furniture did you decide to get when there was only a little? This is important, did you know which piece of furniture you had to get?

I’ve never talked about this, you’re the one who…

Ha, yes, true. Just tell me, does the furniture necessarily have to be comfortable? I suppose these “people” must want to settle there. And do you have to empty the room to make them come? I mean, do you have to be there? What do you do? — He lies face down — Blond-Blond? — He is on the floor. What are you… Are you writing? You’re writing! You’re receiving something!

Calm down, my back just hurts,

But here, this is a poem by Jack Spicer, you’ll like it.

I don’t know who Jack Spicer is.

I’ll like it? But it’s just a poem by Jack Spicer.

You’re not in a good position, your back, there, calm down.

I’m going to read it to you.

There.

Now, so you fully understand what it’s about, I’m going to ask you to describe what I’m doing. Look at my hands.

I’m looking at your hands and you take three folded and rumpled pieces of paper out of your pocket. There’s also a small black and white photo cut out of a magazine. The three other pieces of paper are blank; you’re showing them to me. Yes, they are blank, on both sides. — Is all this really necessary? — OK, OK, carry on. Now, you’re writing something on each piece of paper. And now, you’re showing me the small black and white photo cut out of a magazine. You put it down and show me once again the three folded and rumpled pieces of paper that are no longer blank, you’re showing them to me again, you’re writing, and you’re showing me the small black and white photo cut out of a magazine.

Look at this picture carefully, what do you see?

What is it?

What do you see?

I see… I see two pictures. Two photographs. I see two rooms, two furnished rooms with two families.

Keep going.

You see it as well as I do, don’t you? Do you really want…

Keep going.

OK, so I see that one of the families seems wealthier than the other. In short, I see one wealthy family and a poor family.

Keep going.

What more can I say, it seems to me that we are here in South America.

Yes.

Other than that, well, on the picture above, the room looks bigger. There’s quite a large refrigerator.

Hm.

There are carpets on the floor and curtains on the windows. There are three armchairs, they’re wide, look comfortable and are covered with flowery material. On the sofa at the back, I see three men of various ages and they’re smiling, all three of them, and they also have moustaches, all three of them. Ah, and in the corner of the room, to the men’s left, there’s a light and tubular piece of furniture, rising like a podium to the glory of the three components of a big hi-fi system, two speakers and an amplifier, each standing on discs of white material and covered in the same sort of neat doilies, you’d think they were covered in some sort of cream. Very high and very near to the ceiling, there are posters. But when I look closer, it seems the ceiling isn’t that high up.

Hm.

On the second photo, it’s a cramped and dirty place, things are hanging indifferently from the ceiling or are scattered across the floor. Personal belongings, pieces of decoration, tableware, food is stored on a two-level shelf, the dimensions of which are almost identical to a nearby bunk bed, on the inferior level of which, facing us, a man and a woman holding a baby in her arms are bent over rather than sitting straight. The man’s eyes are looking upwards towards the “sky” to his right, through a window — but is it really one? —, as for the woman, she’s staring into space, her legs apart, breastfeeding.

Very well, now I’m going to read you the three poems I just wrote on these three pieces of paper.

There.

Not bad, I like them. I’m actually quite proud of myself.

OK, you must relax. I’m going to give you an exercise to do when you’ve been in a very complicated or very dangerous situation and need to reverse the situation so that all that has been bad becomes good. Breathe slowly three times and imagine you’re turning your head around your neck on your shoulders until your slowly turning head is at 180° — so you’re facing backwards. Then you hear your voice telling you what’s best for you at that moment. It’s your own voice coming from your innermost being that you’re hearing, and you must listen to it.

They can’t come back.

Who can’t come back?

They can’t come back. I mean the poems, they’re only poems, they don’t come back. You can try all you want — that’s what you’re trying to do, isn’t it?…

What am I trying to do?

They didn’t come back?

Are you my voice?

You must be joking! It has nothing to do with it, and don’t tell me about mental images! No, I’m telling you, that’s all, they’re not coming back. Ever. They’re not physical entities. We just sense them either too well or not at all but they don’t come back. You may remember the time when he came to you in the rain and you were too baffled to be able to keep on going. Do you remember?

Really? Yes. Maybe.

That will never happen again.

Ha.

Too often, the end of your relationship with poetry is the project to recreate, together, a common memory. Too often, good comes first and bad comes next. You are deluded by an appetizer and the main course has a bitter taste of regret and disappointment.You are too overwhelmed by emotion, too captivated, too fascinated and this makes you forget the days that came in between. The day he did not come, the days you spent lying on his bed waiting for him. And did he come?

Maybe once, maybe twice.

No more than that?

Maybe, but that wonderful day you spent hanging around under the sun with him, or the day he showed up unexpectedly when you were about to go to bed early with a detective novel and he made your head spin all night, those memories will haunt you, those are precisely the ones you will want to experience again. But you can’t, and you insist and destroy poetry, you ruin it by wanting it so badly.

I didn’t know.

So one of these Saturday nights, when everything starts spinning around you, when you start seeing double and step out for some fresh air after a few drinks too many, don’t be surprised to find your poem in the words of another. Do not even ask yourself what is happening. You won’t forget this one. Trust is easily broken and there is not a single kind of superglue in the world that repairs something well enough to restore its original condition, no matter how hard you try, you’ll never find it again. Poetry abandons us. Poems don’t come back. That’s what it does.

Breathe once and come back very slowly using the same way until you‘re facing in front of you, open your eyes and don’t forget what the voice told you. It is useful for you.

Apparently, it wasn’t my voice. That’s what it said.

OK, so now I’m going to give you an exercise to cleanse you skin in depth because you need it and because skin retains memories of the past. You must clean it of what hurt you in the past.

Will the things that hurt me but in the end were good also disappear? Because that’s not convenient for me, isn’t it possible to…

Breathe slowly three times and imagine you’re going into the conservatory of the house where you know there are roses. The gardener stops you at the entrance and says: “No, you can only enter the conservatory once you are completely disinfected. You come from outside and I don’t want you to bring any germs onto my plants.” Then he grabs a rake and a hose and scrubs your clothes and skin with the big scraper, which is a garden rake, until you skin falls off and is replaced by a whole new set of skin. Once you have your new skin, he says: “You can go inside and pick the flower you want.” But your hands have been scrubbed like your body, so you must be very careful not to harm yourself if you pick a rose. You pick a rose. You have earned it. When you step out of the conservatory, your new skin has entirely reformed and bears only the good memories of the past. All the bad memories have been suppressed. Breathe once and open your eyes.

… Well, are you cheating at this game?

That I don’t know, but I’ll find out.

No, no, I didn’t finish … at this game, if you use the dream.

I don’t think so, if the dream is insistent enough. I think a dream is just about the same thing as any other piece of furniture in the room. I don’t think the dream is dictated. It never has been to me. It’s part of the furniture that can be shifted around for these folks to sit on. I don’t think it matters terribly much. I don’t see a dream as a dictation thing. Now, in the Middle Ages they did, and they had the whole idea of the poem being a dream poem. Except the dreams in, say, the Book of the Duchess of Chaucer were obviously unlike any dreams any human being has had. They weren’t really dreams. I doubt if dreams are any more significant than your excrement or anything else. I would doubt it seriously. They certainly do tell the future as well as the past, but I don’t think that’s terribly significant either. I think that human beings probably are perfectly capable of telling the future for a brief time without terribly much good result it happening. I imagine within a hundred years they’ll probably figure out how to do it electronically. But I think it’s furniture. I don’t think it’s the same thing as the world that the poems come from. Is that the answer?

How do you feel that? How do you know that?

I don’t know that. It’s just a question of thinking. I mean, if I suddenly got a dream that changed my mind, it would change my mind. But I don’t really think that the dream world is any more real than the real world is, which isn’t terribly goddamn real. It seems to me that there’s a world in between them that goes into both of them. But the dream world is so very incoherent. I mean, when you explain a dream in the morning, you’re almost creating a poem, because it wasn’t the dream you had. The dream is pretty damned incoherent and doesn’t have all these sharp edges that your explanation of the dream does. And, I don’t know, I imagine that you have told dreams to people, and I imagine that you have felt like you were liar when you told the dreams because the dreams weren’t that sharp and you were editing all the time. You were doing like Don Allen did with Kerouac – just slicing away whole things and putting everything together in a nice unit that you can use in public relations. I don’t know. Dreams are to be trusted as much as the real world, but no more, and both of the things are furniture.

Perfect. Now breathe and think about the old lady

in front of you who tried

to understand

you with all her heart. Because

for a moment

I was you.

Is that all?

It’s all.

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See, it went well.

Yes, well, I didn’t get all of it. The picture, for instance, where did it come from?

The caption read: “All equal before the law, but not before money. Above, an apartment belonging to a family of rich drug traffickers. Beneath, a cell for poor people.” I found that in an edition of Courrier International from seven or eight years ago. I cut out both photos and wrote next to the caption: “Prison-town” and “Bolivia”. Several years later, I found the name of the San Pedro prisonvillage, in La Paz. Why did I keep this piece of paper with the pictures of two cells? For this, I guess, and because there are two lives in two boxes, I don’t know. I haven’t really understood everything either.

This Jack Spicer, you still haven’t told me who he is.

Ah but you were the one talking about him, weren’t you?

I don’t think so;

If it wasn’t you then who was it?

I have no idea.

Don’t pull my leg.

(Editor’s Note: Jack Spicer is speaking at line 197, from line 200 to 214 and from line 216 to 228. As for Colette Aboulker-Muscat she intervenes from line 175 to line 177, line 179 to 181 and from line 184 to 195. From line 231 to 238, it is not exactly clear who is speaking, Colette or both of them.)

Anyway.

I heard about his book, I read it in the meantime; you must read it, really — it is sort of… “awesome”! A Textbook of Poetry by Jack Spicer, write that down somewhere. Jack Spicer was gay, Catholic when he wanted to be, and fairly alcoholic, so much so that he died of it in 1965 (at the age of 40). The same year in Vancouver, he gave his three last lectures, during which he discussed his poetry habits with poetry students and fellow professors. Strangely enough his poetry isn’t mentioned at all in this work. He does however read it, a few excerpts, but apart from that, nothing has been transcribed of these lectures, you have to refer to other works. It produces something very strange because it revolves around what is not there, which makes the dialogues even more enigmatic. At some times, it makes you think about Hitchcock’s MacGuffins.

His what?

MacGuffin. They’re a sort of pretext for the development of a scenario. Some kind of object, a necklace in thief films, a document in spy films. The whole scenario relies on the desire created by the MacGuffin, which make the hero go through numerous twists and turns. The object loses in real substance only to gain in desire. The best MacGuffin was in North By Northwest, with the “government secrets”. They are mentioned throughout the entire movie even though they don’t even exist in the form of documents, they’re pure abstraction. Nathalie Quintane mentions MacGuffin in the introduction to Spicer’s “book” collection — this is what he calls his collected poems, “books” — called My Vocabulary Did This to Me. And the one who’s absent, in his poetry I mean, equally sought after and desired as he would like it in an ideal world, is Spicer himself, because his poems, according to his own statements, are dictated by either ghosts or aliens, it depends. Sometimes, he mentions here and there an alter ego, a distant brother. He also tells his audience — which often hesitates about the seriousness of what he says — that all he knows only comes down to the furniture he set up in a room and made sure of leaving the premises, “evacuating it out”, as he says. So he makes sure not to be there but also that the alien, or something else, finds something to sit on. The only way to find out which piece of furniture you need is by not having it. And the more progress you make, the more his remarks split into two and contrast with each other, without any of them leading the way, like in baseball. For Spicer, more than the game itself, baseball is a real individual and social composition model. Anyway, I’ll let you read the rest; it’s as fascinating as it is annoying. Ha, yes, another important point, which Peter Gizzi pointed out in his notes, is that “in many ways, dissent is Spicer’s utopia”.

And the old lady?

Colette Aboulker-Muscat, she has taught about waking dreams for the past 40 years in Jerusalem, where she receives therapists and “students” — as she calls them; she prefers this term to “patients”. They consult her about physical and psychological illnesses. Patrick Bokanowski filmed her in 2002. She gives a brief explanation leading to waking dreams, which are of comparable intensity to night dreams. This is the basis of waking dreams in psychotherapy. But with her, it takes a particular form because she does most of the talking, I mean, she’s the one “making” your dream, instead of you. These mental images serve as a baseline for a diagnostic and a therapeutic approach that would then allow a problem or an illness to be overcome. The essential aspect, for her, is the therapy’s brevity and, most importantly, the element of surprise prompted by this story, which acts as a sort or “light shock”. She explains that the Pythia… had waking dreams… in the Greek temples. Inspired, they then thought through Apollo or some other Greek god. But she adds that she knows that it’s inspired from within us. So she confronts people with themselves, with the part of them that she cannot find because, as they say in Judaism, they have locks blocking all the important doors and that she, Colette Aboulker-Muscat, has a key ring with all the necessary keys. So she gives them the possibility to choose the right key for such and such a lock the people want to open. And I prefer telling you that, in this case, Spicer does not

agree,

not at all.