Bon sang Hendrik ! (Hendrik Hegray-Treize)

Lætitia Paviani et Hendrik Hegray discutent de deux trois trucs et de Treize.

Interview parue dans Peeping Tom Project 4 Paris

2015

English version below

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Et qui jamais vit s’accoupler des grenouilles ni trépasser un éléphant ? Certaines circonstances climatiques, certaines conjonctures, morales, politiques, historiques, peuvent fort bien engendrer des sauterelles rouges ou des bêtes noires comme celles dont nos pères ont connu la caresse — AUDIBERTI, L’Ampélour, 1937, p. 85. 

 

 

Lætitia Paviani : Ça va la santé ?

Hendrik Hegray : mon père me pose cette question parfois au téléphone. en général, je mens. on va dire que je navigue à vue.

(…)

Nelson : Maman, il a pas enlevé ses chaussures Hendrik !!!

(…)

Lætitia Paviani : Et qu’est-ce c’est que cette manie de ne pas mettre de majuscules ? Tu peux t’expliquer ?

Hendrik Hegray : a/ je me suis dit (naïvement) que tu allais corriger. b/ je n’en mets jamais effectivement, uniquement aux noms propres parce que je ne suis pas un sagouin. ça me fait économiser un temps fou.

Lætitia Paviani : Bon sang, Hendrik ! Allez, parle nous de ton corps.

Hendrik Hegray : Hélà… euh, si tu y tiens. 1,75m, yeux bleus, cheveux châtains foncés, de plus en plus de cheveux blancs sur les tempes (le stress accélère je pense), quelques cicatrices au visage (un coq, un vélo, une altercation au Point Éphémère), une touffe de poils disparate et un peu disgracieuse en haut du dos, quelques uns qui gravitent sur les épaules, une tripotées de boutons agrémentant ce petit ensemble, une implantation torsale dont je suis fier en revanche, un os de la main droite cassé et mal ressoudé, myopie négligée, mauvaise haleine à l’occasion.

Lætitia Paviani : Très bien, très bien, alors, cette santé, la nôtre (Treize), la tienne. Nous sommes un organisme, tu es un être vivant — un artiste, qui plus est — et nous buvons tous pas mal, quelques-uns se sont arrêtés de fumer. Cependant au-delà de la question physique, pour ce qui est de l’artistique, de l’intellectuel, est-ce qu’on peut dire que nous fonctionnons harmonieusement, régulièrement, indépendamment d’anomalies ou d’infirmités dont nous pourrions être affectés…? Est-ce qu’on peut parler de bonne santé artistique, intellectuelle, éditoriale, etc. ?

Hendrik Hegray : Ça me rappelle que j’avais fait un excellent concert il y a deux ou trois hivers, j’étais assez malade ce soir-là, j’avais bu pas mal de whisky pour me ravigoter. Je suis monté sur scène assez ivre et il s’est produit quelque chose d’un peu puissant, j’ai joué comme qui dirait en état de grâce ; la soirée s’était plutôt mal finie, j’avais perdu la moitié de mon matériel en sortant du taxi pour rentrer chez la personne qui m’hébergeait ce soir là. Un ami m’avait chaleureusement félicité pour cette performance, je me suis entendu parler d’énergie du désespoir. J’étais assez déprimé à cette période, je crois. C’est toujours intéressant le fonctionnement d’une entreprise aussi fragile, peu (ou pas) subventionnées, comme Treize, ou, de mon côté, Nazi Knife, False Flag, ou des micro-labels indépendants, à diverses échelles, parce qu’il y a toujours un peu l’idée de résistance, à un système économique, à un formatage des pratiques, à un confort de pensée. Ça ne garantit pas une teneur d’excellence ou d’intégrité mais ça aide à rester éveillé et donc oui, c’est sain.

Lætitia Paviani : Pascaline me disait l’autre jour quelque chose de similaire à propos de Treize, proche du biologique, mais pas vraiment, plutôt de l’ordre du climatique. Elle parlait de mouvements irréguliers et sporadiques, tout de même sensibles, d’une évolution attentive aux contingences extérieures. Ce qui était marrant, maintenant que j’y pense, c’est qu’on discutait de ça à l’extérieur de Treize où il y avait encore cette exposition de Fanny sur les aquarelles météorologiques d’André des Gachons, un peintre du début du siècle qui a travaillé pour le bureau central de météorologie. C’est le genre de choses qu’on peut aussi voir à Treize ; on n’y fait pas que de l’art contemporain, des concerts de noise ou des lancements de revue. Ce que Pascaline évoquait, c’est qu’effectivement nous évoluons sur une scène locale ou nationale sans pour autant exprimer la volonté de s’y arrimer trop fermement. On navigue à vue aussi d’une certaine manière. Je me demande si elle n’a pas utilisé la même expression, « naviguer à vue », un réel positionnement, d’après elle, pour un lieu indépendant comme Treize, dans l’idée de se donner la liberté de construire une programmation qui intègre des phénomènes de perturbation, ou en tout cas, qui refuserait de se construire dans une continuité, de répondre à des enjeux d’efficacité et de communication, un peu comme ta santé, tes concerts …

Hendrik Hegray : Quelque chose de positivement erratique….

Lætitia Paviani : Oui, c’est ça. Je pense aussi au système organique et affectif du fonctionnement de Treize, de ses humeurs, au rapport que ce lieu entretient avec les gens qui le fréquentent. Je pense à l’accueil caractéristique de Treize — ni trop ni pas assez — qui finit souvent en bonnes soirées où l’on aime se retrouver — ou pas. On peut parler alors, de climat dans le sens d’ambiance. L’objectif d’un espace comme Treize serait peut-être celui de créer une ambiance propice, perméable, turbulente plutôt que de forcer des protocoles de légitimation autoritaires. D’ailleurs, le dernier événement de juillet organisé chez Treize avec le poète new-yorkais Tan Lin s’intitulait Ambient Speed Reading.

Bon, ceci dit, en ce qui te concerne, tu nous avais parlé de la première fois où tu étais venu et l’ambiance, semble-t-il, ne t’avait pas particulièrement enchanté. Mais tu es revenu entre temps. Peut-être qu’on peut parler de familiarités maintenant.

Hendrik Hegray : Je fréquente les milieux artistiques interlopes parisiens, musicaux ou plastiques, depuis 1998 ou 1999, et cette ville a toujours tenu, je veux dire qu’elle est restée supportable à vivre, par l’existence de ce genre de lieux, et les associations satellitaires (de Büro au Non_Jazz en passant par Le commissariat, etc. / tant d’autres) qui se greffent à leur programmation. Il y a eu Glassbox, Console, Tsunami Addiction, Purple, la Générale de Belleville, puis Sèvres et (celle de Voltaire), ou encore des institutions un peu plus établies bien que régulièrement en état de fragilité, tels que les Instants Chavirés… J’ai suivi de près ou de loin tous ces endroits, avec plus ou moins de passion, de la distance parfois, mais il y a toujours eu dans ce type de lieux un mélange sain, vivifiant, de convivialité et d’exigence artistique. On parlait l’autre jour d’une neutralité de mise en ce qui concerne les établissements « réceptacles » de ce type. Je valide personnellement cette approche qui permet ne pas tomber dans la complaisance hypocrite de « l’esprit squat » et celle servile de l’establishment du circuit de galeries traditionnelles ; de créer quelque chose de neuf et d’inattendu. Il existe un pacte tacite d’excitation mutuelle entre le lieu et le public, quelque chose de ténu qui entretient une forme de dynamique, qui garantit un minimum de vitalité. Rester indéfinissable m’a toujours paru une bonne manière de préserver cet aspect ; ça vaut pour mon travail d’artiste.

Lætitia Paviani : Pareil.

Hendrik Hegray : Ça paraît évident mais en tant que spectateur de la vie culturelle, je doute de plus en plus que ce genre de choses soit encore tout à fait intégré. Il paraît important de souligner le rôle primordial du public dans ce type d’entreprise, on échappe à toute forme de clientélisme pour privilégier un rapport justement organique, moins figé que dans des structures plus installées. Dans le meilleur des cas, je constate qu’on est confronté à un panel de réactions assez riche qui passe autant par un dialogue formel que par une énergie plus indicible qui filtre dans l’air, plus primitive, électrique.

Lætitia Paviani : Je ne faisais pas encore partie de l’équipe à cette époque mais pour leur exposition « La solitude », au Astrup Fearnley Museet à Oslo au sein de « Europe, Europe », les membres de Treize d’alors avaient produit un texte qui commençait comme ça :  « Depuis la création de Treize, nous avons fait de nombreuses réunions. Souvent interminables, rares sont celles où nous réussîmes à nous mettre d’accord. Un point, cependant, a toujours fait consensus : Treize ne s’envisage pas comme l’outil de promotion d’une scène artistique spécifique. Nous en serions bien incapable. S’il fallait en résumer l’activité, nous dirions que Treize est un mélange d’investissement créatif à perte, d’amateurisme structurel et de questionnement sur la responsabilité d’une forme ou d’un geste vis-à-vis de son contexte d’émergence. » Le texte commençait comme ça parce qu’il leur semblait important d’affirmer (dans le cadre de cette exposition européenne à laquelle Treize était invité en tant que représentant de la scène parisienne) que le concept de scène —comme celui de génération — est quelque chose dont on se méfie.

Hendrik Hegray : C’est un point sur lequel je ne peux que me retrouver. J’essaie d’éviter autant que puisse se faire, en tant qu’artiste et individu, les bandes, les castes et autres groupes fonctionnant en circuits fermés, même si des esprits contradicteurs n’auront pas totalement tort de m’affilier à certaines grappes d’individus évoluant en Île-de-France. La vigilance reste de mise.

Lætitia Paviani : Tu veux manger un truc ?

Hendrik Hegray : Je dis pas non !

(…)

Lætitia Paviani : Pour en revenir à la notion de familiarité, peux-tu nous parler de celle que tu entretiens avec ton travail, dans le sens où on entretiendrait une relation à son travail comme à son corps, je veux dire, on vit avec, non ? Enfin c’est là où je voulais en venir. Donc est-ce que tu connais aussi bien ton travail que ton corps ? Est-ce que tu l’aimes tendrement ? Est-ce que tu le martyrises ? Est-ce que tu le soignes ? Est-ce que tu le scrutes ?

Hendrik Hegray : C’est le genre d’analogies qui me met en général un peu mal à l’aise. Ça me renvoie toujours au dramatique du spectacle vivant, si tu vois ce dont je veux parler. Ou bien c’est peut-être juste que c’est une question qui a tellement été rebattue que je n’en vois plus que les aspects caricaturaux. Ou bien je suis juste un peu pudique. Bon, disons que la désarticulation burlesque me plaît bien. Ou bien alors carrément la position de retrait.

Lætitia Paviani : En réalité en prenant des nouvelles de ton corps et de son fonctionnement ou de son dysfonctionnement, je cherchais à questionner aussi les mécanismes et les sentiments qui accompagnent tout travail artistique et intellectuel, les détails un peu dégoûtants et communs dont on ne parle à priori pas, mais aussi l’excitation, le plaisir qui nous font rester. Tu parles de pudeur face à cette analogie, je t’invite à la pornographie. Pas parce que c’est crado ou gênant mais parce que je pense que ça peut être réellement instructif. J’avais en tête cette question-réponse de Derrida dans un documentaire sur lui de Kirby Dick et Amy Ziering Kofman qui est placé en exergue du premier chapitre de Testo Junkie de Beatriz Preciado.

Question : Si vous pouviez voir un documentaire sur un philosophe, sur Heidegger, Kant ou Hegel, qu’est que vous désireriez voir dedans ?

Réponse de Jacques Derrida : Qu’ils parlent de leur vie sexuelle … You want a quick answer ? Leur vie sexuelle.

Hendrik Hegray : Non mais ça ne me gêne pas que ce soit dégoûtant. Ce que je trouve dégoûtant c’est l’hygiénisme par exemple. Une plaie contemporaine.

Lætitia Paviani : Allons, ne critique pas l’hygiénisme, chacun son truc, et puis tu y viendras peut-être un jour, qui sait. Lili Reynaud Dewar, elle — tu la connais — n’aimait pas les fruits. Quand il lui arrivait d’être sur un marché en vacances, elle annonçait : « Moi je m’en fous des fruits ». Je l’ai recroisée récemment, on a parlé de sa prochaine expo à Treize et je lui ai rappelé cette phrase. Elle m’a dit que finalement ces derniers temps elle en mangeait plein, des fruits. Mais continue, excuse moi je t’ai interrompu, tu disais ?

Hendrik Hegray : C’est intéressant parce que j’ai justement rêvé ce matin que je pratiquais une auto-fellation, et figure-toi que j’allais jusqu’au bout, ça m’a marqué car je rêve très rarement d’éjaculation dans mes rêves, les actes sexuels y sont régulièrement sabotés par la frustration ou l’arrêt brutal. Si je doutais encore de mon narcissisme… C’est devenu une question très délicate, le sexe ou la pornographie dans l’art, une approche trop directe renvoie facilement à une volonté de transgression un peu puérile ou désuète… J’ai d’ailleurs toujours cru remarquer une nette tendance au puritanisme dans le milieu de l’art contemporain, qui se manifeste par une espèce de fausse décontraction un peu grotesque quand il en est question. C’est peut-être ce qui me pousse à adopter une attitude discrète sur la question, j’aime que ça reste convivial et peu agressif. Je participe à la pudibonderie, réfractaire mais timoré.

Lætitia Paviani : Et bien tu vois, pour moi, en tant que femme, et puisque j’évoque quelque part une forme de biosubjectivité en citant l’exergue de Beatriz Preciado, la pudibonderie d’aujourd’hui dans le travail d’une femme artiste est encore à se demander si parler de sa progéniture est une forme de pornographie, gênante ou branchée, transgression puérile ou désuète comme tu dis. Se masturber, se pénétrer, éjaculer tout le monde le fait, on en parle ou pas. Alors qu’insister sur le fait qu’on est mère — les pères ne le font quasi jamais, ou peu, Ryan Gander peut-être avec ses « I is IV V VI », sa fille adore construire des cabanes — ou encore insister sur le fait qu’on continue à vouloir vivre et travailler comme les autres, appuyer sur le fait que, oui, ça apporte absolument quelque chose à notre réflexion — comme le sexe d’ailleurs, et l’un n’est pas loin de l’autre, qui en parle sans avoir honte ? Enfin, ça reste carrément dégueu pour les uns et accessoire pour les autres. Pour moi c’est élémentaire, c’est vital et c’est politique. Parce que ça parle aussi d’un environnement de production de la pensée, ça parle de temps réel, ça parle d’être riche ou pauvre, d’ici ou de là-bas, comme ci ou ça. Je ne vais pas citer maintenant Carla Lonzi et son Autoportrait ou Isabelle Graw à propos d’Isa Gensken, mais voilà, l’environnement de production de la pensée n’est pas négligeable, c’est un tout. Et maintenant, le corps de Treize, tu le vois comment le corps de Treize ?

Hendrik Hegray : Tu me rappelles que je vais être oncle bientôt, tiens. Et par rapport à cette histoire de fruits, l’idée même, à titre personnel, d’enfanter, me paraissait, il y a encore quelques années, intolérable, il y avait quelque chose de politique également dans mon raisonnement. Aujourd’hui elle me semble finalement envisageable. Sinon le corps de Treize, hé bien … je le vois doublement carré, pardi.

Lætitia Paviani : Bon voilà, tu as ces images en tête, mettons ces deux corps l’un contre l’autre, l’un doublement carré et l’autre burlesque, désarticulé … Alors, elle est comment ton expo, c’est chaud ?

Hendrik Hegray : Oui oui, quand même.

Lætitia Paviani : Berk !! J’ai du mal à imaginer. Fais-nous rêver !

Hendrik Hegray : Si seulement ! L’idée est de proposer quelque chose qui dépasserait le cadre de la simple exposition. Cette dernière, même si l’aspect plastique / visuel aura son importance, sera le prétexte pour une programmation d’événements de nature éclatée : un mini-cycle de conférences sans thématique précise ni apparente (la culture bareback, l’importance de Thomas Bernhard et de Jean-Louis Costes seraient évoqués, le projet de « La Pompe à Vide » sera présenté par son concepteur), des projections, DJ sets et concerts (ou même, comme on dit couramment, des performances), diffusion d’une radio-pirate éphémère consacrée elle-même aux archives de radio-pirates anglaises des années 90 ; la morphologie de l’exposition (probablement d’obédience collective) prendra idéalement une tournure différente chaque jour. Je souhaite que le télescopage des éléments soit aigu, la mise en situation m’intéresse et le cadre et la nature même d’un lieu comme Treize m’ont poussé à envisager un projet aux contours protéiformes et vivants. Je souhaite mettre en lumière la porosité entre des disciplines qui nous intéressent « tous » au plus haut point, d’une manière que j’envisage humblement comme engagée, en évitant tout statement braillard, et en faisant appel qu’à un groupe d’amis proches ; une sorte de manifeste intime. On en revient à l’affection, tiens. J’aimerais aussi présenter ma collection de sacs.

Lætitia Paviani : Parfait. Dernière question, tu fais souvent ça, de te déplacer chez les gens pour leur envoyer des emails ? Familiarité, climat, ou désarticulation burlesque ?

Hendrik Hegray : Hum, je sais que c’est un comportement qui possède un nom en psychiatrie, malheureusement je n’ai pas internet chez moi. Et puis c’est un prétexte pour flâner dans la bibliothèque des gens ; ça m’a récemment permis de découvrir des ouvrages tels que Prêcheurs de Haine, La Planète Échangiste, ou La Race des Purs et d’admirer d’anciens et rares ouvrages illustrés sur les maladies vénériennes.

Lætitia Paviani : Je vois. Tu as tout remis en place ? On est pas chez moi, ici.

(…)

Nelson : Maman, est-ce qu’il part en vacances Hendrik ?

Lætitia Paviani : Mais oui, Hendrik part en vacances !

Nelson : Hahaha !

Lætitia Paviani : Hahaha !

 

 

 

Treize est une structure collective et indépendante située à Paris. Cette entité, dédiée à la recherche, à la production et à l’organisation d’événements et d’expositions, est composée de Fanny Schulmann, Olga Rozenblum, Lætitia Paviani, Pascaline Morincôme, Matthis Collins et Gallien Déjean.

Hendrik Hegray est un artiste résidant et travaillant à Paris et Saint-Denis. Il pratique indifféremment la musique, le dessin, la vidéo, la photo, l’édition depuis la fin des années 90.

 

 

ENGLISH

Translated from French by Ana Iwataki

 

 

OH GOODNESS, HENDRIK!

Lætitia Paviani and Hendrik Hegray discuss a thing or two and about Treize.

And who ever saw mating frogs or an elephant pass away? Certain climatic circumstances, certain moral, political, historical circumstances, may well result in red or black locust beasts like the ones from whom our fathers experienced caresses. Jacques AUDIBERTI, L’Ampélour, 1937

Lætitia Paviani: So how’s your health?

Hendrik Hegray: my father asks me this question sometimes on the phone. in general, i lie. we’ll say that i play it by ear.

(…)

Nelson: Mom, Hendrik didn’t take off his shoes!!!

(…)

Lætitia Paviani: And what is this compulsion for not capitalizing? Can you explain?

Hendrik Hegray: a/ i told myself (naively) that you would correct it. b/ i don’t ever do it actually, only with proper names because i’m not a slob. it saves me a crazy lot of time.

Lætitia Paviani: Oh goodness, Hendrik! Go on then, talk about your body.

Hendrik Hegray: Alas, um, if you insist, 1.75m, blue eyes, dark brown hair, more and more white hairs on my temples (stress is speeding it up i think), some scars on my face (a rooster, a bike, an altercation at the Point Éphémère), disparate tufts of hair and some inelegant ones on the upperback, some more gravitating to my shoulders, a bunch of zits to embellish the whole, an implant on my torso that i’m actually proud of, a broken bone on my right hand that was badly healed, negligent myopia, bad breath on occasion.

Lætitia Paviani: Very good, very good, ok, this health, ours (Treize), yours. We’re an organism, you are a living being – an artist, who is even more so – and we all drink a fair amount. Some have stopped smoking. However, beyond the question of the physical, on that which concerns the artistic, the intellectual, can we say that we function harmoniously, regularly, independently of anomalies or of weaknesses that might affect us…? Can we speak of good artistic, intellectual, editorial, etc. health?

Hendrik Hegray: That reminds me that I played an excellent concert two or three winters ago, I was pretty sick that night, I drank quite a bit of whiskey to reinvigorate myself. I got up on the stage, pretty drunk, and something kind of powerful happened, I played as if in a state of grace. The night ended pretty badly; I lost half of my material getting out of the taxi that I took to get back to the place of the person who was putting me up for the night. A friend warmly congratulated me on the performance. I heard myself talking about the energy of despair. I was pretty depressed at the time, I think. The functioning of such a fragile enterprise as Treize, or for me, Nazi Knife, False Flag, or small independent labels, at differing levels, is always interesting because there’s always a little bit of the idea of resisting an economic system, a formatting of practices, a comfort of thought. It doesn’t guarantee excellent content or integrity but it helps in staying alert and so yes, it’s healthy.

Lætitia Paviani: Pascaline said something similar to me the other day in regards to Treize, close to the biological, but not really, more like the climatic. She talked about irregular and sporadic movements, sensitive all the same, of an evolution attentive to exterior contingency. What was funny, now that I think about it, is that we talked about that outside Treize where there was still Fanny’s exhibition on the meteorological watercolors of André Des Gachons, a painter from the beginning of the century who worked for the meteorological central office. It’s the kind of thing we can also see at Treize, we don’t just do contemporary art, noise concerts or magazine launches. What Pascaline evoked was that we are operating on a local or national scene without express-

ing the desire to be closed off too tightly. We play it by ear as well in a certain sense. I wonder if this same expression wasn’t used, “play it by ear,” a real positioning, according to her, for an independent space like Treize, in the idea of giving ourselves freedom to construct a program that integrates phenomenon of perturbation, or in any case, that would refuse to construct in itself a continuity, to respond to concerns of efficacy or communication, a bit like your health, your concerts…

Hendrik Hegray: Something positively erratic…

Lætitia Paviani: Yes, exactly. It also makes me think about the organic and affective system of Treize’s functioning, its moods, in the relationship the space has with the people who come into it. I’m thinking of Treize’s characteristic reception – not too much, not too little – that often ends in pleasant evenings where we’re happy to see each other – or not. We can also talk about climate in the sense of ambiance. The objective of a space like Treize could be perhaps to create a propitious, permeable, turbulent ambiance, rather than forcing authoritarian, legitimizing protocols. Incidentally, the last event in July organized by Treize with the New York poet Tan Lin was called Ambient Speed Reading. Ok, this being said, in your case, you talked to us about the first time that you came and the ambiance, apparently, wasn’t that great. But you came back eventually. Maybe we can talk about familiarities now.

Hendrik Hegray: I’ve been hanging around interloping artistic circles in Paris, in music or visual arts, since 1998 or 1999, and this city has always held out, what I mean to say is that it’s always been sustainable to live, through the existence of these kinds of spaces, and the surrounding associations (from Büro to Non Jazz to Le Comissariat to so many others) that add themselves onto their programs. There was Glassbox, Console, Tsunami Addiction, Purple, la Générale de Belleville, then Sèvres and (the Voltaire one), or still a little more established institutions that were nonetheless often in fragile states, like Instants Chavirés…I followed these places more or less closely, with more or less passion, distance sometimes, but there’s always been this kind of healthy, lively, mix of conviviality and artistic imperative. We talked the other day about a neutral setting concerning the “receptacle” establishments of this type. I personally validate this approach that allows not to fall into the hypocritical complacence of the “squatter spirit” and the servile establishment in the circuit of traditional galleries; to create something new and unexpected. There’s a tacit, mutual understanding between the space and the public, something held up that maintains a form of dynamism that guarantees a minimum of vitality. Staying indefinable has always seemed to me to be a good way of preserving this aspect; that goes for my artistic practice as well.

Lætitia Paviani: Same.

Hendrik Hegray: It seems obvious but as a spectator of cultural life, I doubt more and more that these kinds of things are still integrated. It seems important to underline the primordial role of the public in this kind of enterprise, we avoid every kind of cronyism to favor a justly organic relationship, less fixed than in more established structures. In the best cases, I observe that we are confronted with a fairly rich panel of reactions that nonetheless pass as much for a formal dialogue as for a more indescribable energy that filters in the air, more primitive, electric.

Lætitia Paviani: I wasn’t yet part of the team at the time, but for the exhibition The Solitude at the Astrup Fearnley Museet in Oslo as part of Europe, Europe, the members of Treize had produced a text that began like this: “Since the creation of Treize, we’ve had numerous meetings. Often never-ending, it was the rare meeting during which we were able to agree. One point, however, always brought us to a consensus: Treize doesn’t see itself as promotional tool for a specific artistic scene. We would be incapable of it. If we had to sum up its activity, we would say that Treize is a mix of creative investment at a loss, structural amateurism and questioning of the responsibility of a form or a gesture vis-à-vis its context of emergence.” The text began like this because it seemed to them important to affirm (in the context of this European exhibition to which Treize was invited as a representative of the Parisian scene) that the concept of a scene – like that of a generation – is something we are suspicious of.

Hendrik Hegray: That’s a point that I can’t help but agree with. I try to avoid as much as possible, as an artist and as an individual, the gangs, the castes and other groups functioning in closed circuits, even if contradicting minds wouldn’t be totally wrong to affiliate me with certain bunches of individuals evolving in Ile-de-France. Vigilance remains necessary.

Lætitia Paviani: Do you want to eat something?

Hendrik Hegray: I’m not saying no!

(…)

Lætitia Paviani: To come back to the notion of familiarity, can you talk about what you maintain with your work, in the sense that one maintains a relationship with one’s work just as with one’s body. What I mean is, we live with it, no? Anyway, this is what I’m trying to get at. So, do you know your work as well as your body? Do you love it dearly? Do you torture it? Do you take care of it? Do you scrutinize it?

Hendrik Hegray: That kind of analogy generally makes me a little uncomfortable. It always brings me back to the drama of live stage production, if you see what I mean. Or maybe it’s just such wellcovered ground that I can only see its caricatured aspects. Or I’m just a little demure. Well, let’s say that burlesque disarticulation pleases me. Or else flat-out the position of withdrawal.

Lætitia Paviani: In truth, in asking about your body and its functioning, or its dysfunctioning, I was seeking to also question the mechanisms and sentiments that accompany all artistic and intellectual work, the slightly disgusting and common details that in principle we don’t talk about, but also the excitement, the pleasure that makes us stay. You talk about modesty in the face of this analogy; I’m inviting you to pornography. Not because it’s filthy or embarrassing but because I think it can be really instructive. I had in mind this question-answer by Derrida in a documentary on him by Kirby Dick and Amy Ziering Kofman that is highlighted in the first chapter of Testo Junkie by Beatriz Preciado.

Question: If you could see a documentary on a philosopher, on Heidegger, Kant or Hegel, what would you like to see in it?

Jacques Derrida’s answer: For them to talk about their sex life…You want a quick answer? Their sex life.

Hendrik Hegray: No, but it doesn’t embarrass me because it’s disgusting. What I find disgusting is hygienism for example. A contemporary plague.

Lætitia Paviani: Come on, don’t critique hygienism! Everyone has his or her thing, and then you might come around one day, who knows. Lili Reynaud-Dewar, she – you know her – didn’t like fruits. When she was at a market during a vacation she announced, “I don’t care about fruits.” I saw her recently, we talked about her next exhibition at Treize and I reminded her of that. She told me that finally she’s recently been eating lots of fruits. But go on, sorry, I interrupted you, you were saying?

Hendrik Hegray: It’s interesting because I actually dreamt this morning that I was doing an auto-fellation and what do you know, I went all the way, it struck me because I dream really rarely of ejaculation. Sexual acts are regularly sabotaged by frustration or a brutal interruption. If I still doubted my narcissism…It’s become a delicate question, sex or pornography in art. An approach that’s too direct is too easily dismissed as a juvenile or passé desire to transgress…I incidentally always thought I noticed a distinct tendency of puritanism in contemporary art, that manifests itself by a kind of false relaxation that’s a little grotesque when it’s in question. It’s what maybe makes me adopt a discreet attitude on the matter. I want it to stay convivial and a little aggressive. I participate in prudishness, resistant but timid.

Lætitia Paviani: And you see, for me, as a woman, and because I’m evoking somehow a kind of biosubjectvitity in citing the Beatriz Preciado epigraph, prudishness today in the work of a female artist is still wondering if talking about her offspring is a form of pornography, embarrassing or hip, a juvenile or passé transgression, as you say. Masturbating, penetrating, ejaculating, everyone does it. We talk about it or not. So to insist on the fact that one is a mother – fathers almost never do it, or very little, Ryan Gander maybe with his “I is IV, V VI,” his daughter loves making huts – or still to emphasize the fact that one continues to want to live and work like everyone else, pressing the fact that yes, it absolutely brings something to our thinking – like sex actually, and one is not far from the other, who talks about it without shame? Finally, it’s still very much gross for some and incidental for others. For me, it’s elementary, it’s vital and it’s political. Because it also deals with an environment of production of thought, it’s about real time, it’s about being rich or poor, from here or there, like that or like this. I’m not going to quote Carola Lonzi and her Self-portraits or

Isabelle Graw on Isa Genzken, but voilà, the environment of the production of thought isn’t negligible. It’s a whole. And now, the body of Treize, how do you see the body of Treize?

Hendrik Hegray: You’re reminding me that I’m going to be an uncle soon. And regarding this fruit story, the idea even, personally, of having children, seemed to me intolerable a few years ago. There was also something political in my reasoning. Today it seems finally conceivable. Otherwise, the body of Treize…well, I see it twice squared, of course.

Lætitia Paviani: Well ok, you have these images in mind, let’s put these two bodies one against the other, one doubly squared and the other burlesque, disarticulated…So then, what’s your exhibition like, is it hot?

Hendrik Hegray: Yes, yes.

Lætitia Paviani: Ugh! It’s hard to imagine. Make us dream!

Hendrik Hegray: If only! The idea is to propose something that goes beyond the frame of a simple exhibition. This last one, even if the plastic/visual aspect will have its importance, will be the pretext for a program of events of a splintered nature: a mini-cycle of conferences without a precise or apparent theme (bareback culture, the importance of Thomas Bernhard and Jean-Louis Costes will be evoked, the project “La Pompe à vide” will be presented by its conceiver), projections, DJ sets and concerts (or even, as we commonly say, performances), an ephemeral pirate-radio broadcast itself consigned to the archives of the English pirate-radios in the 90s. The morphology of the exhibition (probably collective disobedience) will ideally take a different turn each day. I would like for the telescoping of elements to be sharp, role-playing interests me, and the framework and the very nature of a space like Treize made me envisage a project with protean and living contours. I would like to shine a light on the porousness among the disciplines that interest us “all” profoundly, in a manner I see humbly as engaged, evading any kind of spineless state-

ment and not calling on any groups of close friends; a kind of intimate manifesto. We come back to affection, what do you know. I would also like to show my collection of bags.

Lætitia Paviani: Perfect. Last question, do you do that often, go to other people’s houses to write them emails? Familiarity, climate, or burlesque disarticulation?

Hendrik Hegray: Hm, I know it’s a behavior that has a name in psychiatry; unfortunately I don’t have Internet at my house. And then it’s a pretext to roam other people’s libraries; it recently allowed me to discover books like Preachers of Hate, The Changing Planet or The Pure Race and to admire old and rare illustrated books of venereal diseases.

Lætitia Paviani: I see. Have you put everything back in order? We’re not at my place here.

(…)

Nelson: Mom, is Hendrik going on vacation?

Lætitia Paviani: Yes, Hendrik is going on vacation!

Nelson: Hahaha!

Lætitia Paviani: Hahaha!