APPROCHE OUI TOI (Decorum-suite, MAMVP/INHA)

Chers amis, chers collègues,

Nous proposons de donner suite à l’exposition  Decorum du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (jusqu’au 9 février), par une journée consacrée à l’envers du tapis.

 

Decorum (suite) – L’envers du tapis

mardi 21 janvier 2014

INHA – Auditorium de la Galerie Colbert

Cette rencontre autour de l’exposition, Decorum. Tapis et tapisseries d’artistes (jusqu’au 9 février 2014) au Musée d’art moderne de la ville de Paris – MAMVP), se propose de révéler les nouveaux regards portés sur le textile, ses motifs et ses enjeux. Objet à la fois visuel et tactile, esthétique et fonctionnel, il transcende les habituelles frontières des arts décoratifs, du design et de l’artisanat.
La journée invite à revisiter la question de la hiérarchie et de la catégorisation en général dans le champ de l’art. À partir de différents axes d’entrée tels que la technique, la répétition, la perception, le texte, le matériel ou le féminin, les chercheurs, écrivains, artistes et commissaires d’exposition invités, proposeront de nouvelles lectures sur l’art textile et ses paradoxes – à l’encontre des idées reçues sur la tapisserie comme un art mineur ou anachronique. À la croisée de l’histoire de l’art et des Cultural Studies, de la littérature, des Postcolonial Studies, de la psychanalyse et des Gender Studies, les enjeux modernes et les problématiques contemporaines de l’art du tapis et de la tapisserie seront ici abordés.

avec la participation de :

Michel Aubry, (artiste et collectionneur), Jérémie Cerman (Université Paris-Sorbonne), Patricia Falguières (EHESS) Jessica Hemmings, (National College of Art & Design, Dublin), Sara Martinetti (INHA/EHESS) , Alexandra Midal(Haute Ecole d’Art et de Design, Genève), Lætitia Paviani (auteur), Jean-Michel Rabaté  (University of Pennsylvania), Tiphaine Samoyault, (écrivain, université Sorbonne Nouvelle) et Jacques Soulillou (théoricien du décoratif, ancien membre du collectif, Présence Panchounette),

 

————————–

plan-bus-63

 

Bonjour,

Je vous écris suite à un incident grave survenu ce jeudi dernier, le 9 janvier 2014, à 15h, sur le trajet de la ligne 63 (bus 8126) au niveau de la station Invalides. J’étais accompagnée d’une amie enceinte de 7 mois 1/2. Nous venions de descendre du bus 69, et nous cherchions, sous la pluie, sur les quais, l’arrêt du bus 63. Nous étions au carrefour du bd Saint Germain et du quai Anatole France, lorsque le bus 63 est apparu à l’extrêmité du bd saint Germain et s’est engagé sur le carrefour.

En fait, je planais carrément. Un moment j’ai pensé m’agiter. Et puis non. J’avais décider de me laisser aller dans cette position parfaitement humiliante, position dans laquelle j’avais tout l’air d’être la victime. Mais ça je m’en foutais bien, parce qu’au fond, je savais qu’à partir de là, j’avais gagné, ne rêve pas, mec, je ne lâcherais pas cette barre. J’avais même souri de ce flottement pendant lequel je me disais que dans quelques minutes je serais au Musée d’Art Moderne, que j’en étais certaine, il ne m’arriverait rien, et qu’il n’en serait pas autrement. Je prendrais des photos, et puis des notes, non, tiens, seulement des photos, je réfléchirais plus tard, sur le moment je ne pense jamais à rien.

La première fois que j’avais visité l’exposition, c’était en fin de journée, il n’y avait presque plus personne. Dans la salle où il y avait cet immense tapis au sol de Marius Engh, « Victory Over the Sun » – sur lequel on vous invitait expressément à marcher si vous ne le faisiez pas, et même si vous n’aviez pas encore l’air de ne pas oser le faire – il n’y avait plus que deux personnes, un homme et une femme, la soixantaine environ. En passant derrière eux j’avais pu entendre ce que disait tout bas la femme à son mari. Elle lui chuchotait sans se départir d’une certaine autorité, presque comme une réprimande, mais qui ne s’adressait pas vraiment à lui, plutôt comme à soi : « Tu aurais dû être dans cette exposition ! ».

Comme je ne voyais pas l’arrêt, j’ai essayé de faire signe au chauffeur depuis le trottoir, pour qu’il nous remarque, nous indique peut-être l’arrêt suivant d’un signe de la main et éventuellement nous attende un peu, mon amie ne pouvant pas courir ; mais ça il ne pouvait pas le savoir. C’est pourquoi je me suis mise, moi, à courir dans la direction de l’arrêt probable et en suivant le bus. Comme il était ralenti par la circulation et que je ne voyais toujours pas l’arrêt, j’ai essayé de signaler au chauffeur que mon amie était enceinte en espérant qu’il la fasse monter, au moins elle, pour qu’elle n’ait pas à courir jusqu’à l’arrêt.

Tous deux traversaient maintenant l’espace en formant de grandes boucles, ils se croisaient et se séparaient, ils parlaient très fort, en usant de toutes sortes de superlatifs quant à la qualité de l’exposition, enfin elle surtout. Lui, répondait, que oui oui et d’ailleurs, en s’appliquant à placer, ici et là, d’une voix qu’il forçait un peu, quelques unes des anecdotes de sa longue expérience en la matière, qui ne collait pas toujours avec ce qu’il avait devant lui, jusqu’à ce que tout d’un coup le duo fonde comme un seul être sur l’un des gardiens qui se trouvait là. De mon côté, comme j’essayais d’écouter ce qu’ils racontaient, j’ai dû lire au moins trois ou quatre fois tous les cartels de la salle qui n’était pas la plus grande. C’était celle qui ressemblait vaguement à une fumerie d’opium, avec à droite en entrant ce grand nuage de fumée hyperréaliste tissé sur fond noir, de Pae White, et à gauche un tapis chinois art déco qui pendait du mur jusqu’à traîner sur le sol et sur lequel, déposé là, languissait un véritable amaryllis – archétype de « la belle femme » dans les madrigaux du XVIIe siècle, paraît-il, j’ai lu ça sur un blog. Il y avait aussi ce tapis de Ryan Gander sous lequel était à moitié dissimulé un jeu de carte à jouer. Le couple, sans doute électrisé par l’ambiance, distribuait maintenant les leurs, de cartes, au gardien, une, et puis une autre, ils en avaient plein, celles-ci à transmettre à vos supérieurs, et une pour vous, tenez, comme ça vous pourrez voir aussi, vraiment l’exposition est magnifique, très intéressante, mon mari, etc. Quand ils se sont éloignés j’ai demandé au gardien de me montrer le nom du petit monsieur, par curiosité. Il m’a alors donné l’une des cartes qu’il venait de fourrer dans sa poche. Il y avait bien un nom dessus, mais seulement un acronyme ou le nom d’une société, enfin il m’avait semblé que c’était bizarre, et puis malheureusement, entre temps, j’ai perdu la carte.

Impossible d’accrocher le regard du chauffeur, il tournait la tête de l’autre côté délibérément. Il nous avait remarquées mais peut-être pas que l’une de nous était enceinte, on insistait donc. Je sais bien qu’il est interdit de monter entre deux arrêt, mais il suffisait à l’agent de nous faire un signe « sympathique » comme quoi il essaierait de nous attendre, ou qu’il fasse au moins mine de comprendre la situation de mon amie sans pour autant le forcer à enfreindre le règlement…
Mais ceci, n’est pas l’incident grave en question.

Je me suis dit que j’allais me servir de leur petit manège à ces deux-là pour refaire une visite de l’exposition dialoguée. En même temps, je venais de finir deux textes sous la forme de conversations, j’en avait un peu marre et puis il fallait que je trouve un titre – enfin on m’avait demandé de le faire assez vite. Un titre, un titre, alors… Sans le titre je n’arrive jamais à commencer. Bon, j’aimais particulièrement le travail qui avait été fait sur la scénographie avec la complicité de l’artiste Marc-Camille Chaimowicz, ces objets laissés là, comme l’amarylllis, un téléphone (le téléphone de l’artiste), une bouteille de champagne dans un seau, des sous-vêtements, une sacoche, mais plus subtilement encore, entre deux tapisseries de maîtres lissiers, une affiche papier d’un tableau de Balthus, figurant une femme allongée. On s’étonne, on se tourne, on cherche, à quoi ça rime ? En face au sol, un magnifique tapis aux motifs géométriques et aux tons similaires, on s’approche, oui, voilà, c’est ça, le tapis porte le titre de « nu allongé ». L’affiche n’était qu’un miroir. En papier. Un charme, en quelque sorte. Un autre accessoire domestique, s’il en est, quand elles finissent leur vie publicitaire sur les murs d’un couloir d’entrée, secondaire aussi, car l’affiche d’un tableau n’est pas vraiment le tableau. J’avais été agréablement surprise par chacun de ces détails, qui chuchotait une autre histoire de cette exposition que certains pressés jugeraient « formaliste ». Pas de formalistes, cette année. Ça fait plusieurs fois que j’entends cette menace en quelques jours. Qu’est-ce que c’est que ce nouveau délire d’écoles d’art ? Viens par là. Approche, oui toi. Ils te font peur les formalistes ? Tu ne crois pas que c’est dans ta tête que ça se passe tout ça ? Allons, tu sais bien au fond qu’il y a un sens à ce que tu vois. Mais non tu ne le sais pas. Eux non plus d’ailleurs. Alors est-ce qu’on peut dire qu’il y a un sens qui est là mais qui ne se dit pas ? Parce que tout ça participe d’une mécanique instinctive, d’un imaginaire commun, d’un champ symbolique et que le symbole le symbole est médiateur, il est silence, il dit et ne dit pas et ainsi précisément il énonce ce qu’il est seul à pouvoir dire.

Trois fois de suite nous nous sommes approchées du bus, mon amie à la traîne et essoufflée, en essayant de lui faire des signes, moi, mimant un ventre rond à travers la vitre, et elle, défaisant son manteau tout en courant sous la pluie pour lui en donner la preuve. A la troisième tentative, mon amie, exténuée et outrée par le comportement du chauffeur feignant de ne toujours pas voir nos signes, a donné une tape du plat de la main, dans la porte du bus qui était alors à l’arrêt.

Non mais en fait je m’étais mise à lire quelques articles sur Marc-Camille Chaimovitz et il y était question d’un appartement à Approach Road. J’aimais bien ce nom, Approach Road, je crois que c’est plus une expression générique en anglais, mais du point de vue de mon français j’aimais bien cette idée d’une route qui s’approche, j’aimais bien l’idée d’approcher et le mouvement que ça implique, du fait qu’on y est pas encore tout à fait mais qu’on y va. Approach Road était une sorte de résidence à Londres où Marc-Camille avait habité entre 1975 et 1979 et où il avait commencé à développer une sorte de grammaire de formes sur la base de son environnement domestique ; il avait tout redécorer de fond en comble, papier peint, rideaux, mobilier, tous de sa création. Cette grammaire, il allait la faire évoluer jusqu’à aujourd’hui, dans cette exposition. Là, je cite « Marc Camille Chaimowicz : The World of Interiors », un article de Vincent Pécoil dans Critique d’art, n°31. Printemps 2008.

« A la fois appartement, showroom, atelier, Approach Road constituait déjà une manière de revendiquer l’espace privé comme espace de construction de soi, face à un environnement ressenti comme aliénant. L’appartement-atelier de Marc Camille Chaimowicz était en partie un espace fictif. (… ) Ce projet (…) lui servit en fait de point de départ pour d’autres travaux, soit comme matériau (photographique ou pictural) soit comme cadre pour des performances. L’œuvre cesse, ici, de se donner comme un terme, un objet ou environnement abouti, pour devenir un commencement. »

Nous ne savions plus quoi faire, continuer à courir, prendre un autre moyen de transport, il fallait traverser la Seine, elle avait un rendez-vous professionnel important, c’était impossible. Finalement nous avons aperçu l’arrêt, le bus s’y est arrêté. Essoufflées nous nous approchions en marchant. Le dernier passager est monté, j’étais à peine à moins d’un mètre derrière lui, quand subitement le chauffeur m’a fermé les portes au nez. J’étais si prêt de monter dans le bus, que j’ai eu le temps d’accrocher ma main à la barre dans le but qu’il rouvre la porte « au cas où il ne m’aurait pas vue »… Et là, non seulement l’agent n’a pas rouvert les portes, mais il a démarré !

Le commencement d’une écriture, donc, puisqu’il était question d’une grammaire de formes. Et pour aborder l’idée d’un commencement dans le domaine des tapis, l’archaïsme des tapis berbères semble adéquat. À vrai dire, je me suis trouvée plongée dans la lecture d’un ouvrage fort intringuant en faisant quelques recherches sur le sujet. L’ouvrage bourgeonnaient à chaque nouvelle page de losanges-vulves, de vaguelettes de contractions utérines et autres effusions de pompons de sperme auxquels se mêlaient le chant élogieux du commentaire passionné de l’auteur un certain Bruno Barrati, qui faisait résonner les uns et les autres avec des signes similaires remontant déjà au néolithique. Transportée par ce songe de chair et de laine où baisouillaient rectangles et triangles, palettes et hamsa fleuries, je me laissais envoûter par les interprétations fleuries du monsieur, jusqu’à ce que je m’inquiéte de la mention faite en fin d’ouvrage d’un prix suspect alloué par la déconcertante « Fondation de la Créativité au Troisième âge ». Mais non, bien que cet illustre inconnu, professeur d’histoire, érudit, à la retraite, pousse assez loin et avec insistance le rapprochement à la thématique sexuelle dans ces tapis, celle-ci existait bel et bien. Et j’avais pu relire ailleurs – notamment dans l’ ouvrage de Francis Ramirez et Christian Rolot – l’importance de la corporalité de ces tapis berbères et la probabilité qu’ils figurent une image de copulation ou de gestation, qu’ils soient réalisés par des parturiantes ou non, qu’ils soient ou non des sortes de « tapis de grossesse », tapis que les femmes réalisaient quand, immobilisées elles se consacraient essentiellement au tissage. Ramirez et Rolot précisent que tout comme cette figuration physiologique et un modèle de fonctionnement organique, réel ou imaginaire, « bien des éléments font des tapis une sorte d’être », et visuellement, c’est certain, un cycle de vie, car, oui, ils sont pour ainsi dire vivants, lorsqu’on les descent du métier à tisser et sont séparés des femmes. Mais Ramirez et Rolot soulignent le caractère culturel et tribal de ce fonctionnement et ajoutent que « ces femmes ne prétendent pas faire de la magie. Elles sont bien conscientes de ne pas nouer une prière précise et si « elles expriment leur foi dans le caractère magique du monde ; elles ne font pas pour autant acte magique ». Pour les auteurs, « Ce retrait, cette notation du retrait, sont peut-être le commencement de l’écriture ».

Et non seulement il a démarré mais il m’a traînée, je dis bien traînée de tout mon long, sur le sol, dans le caniveau. Au début j’ai tenté de courir à côté pensant qu’il allait bien s’arrêter et puis comme il ne s’arrêtait pas, je me suis laissée glisser, mon bras toujours accroché à la barre. Il m’a traînée ainsi sur cinq mètres, à l’horizontal, mon corps tout entier par terre au niveau des roues, au point de trouer mon jean, de m’écorcher le genou droit et de contusionner le gauche, sans parler de mon avant-bras. Au bout d’un moment, le bus s’est enfin arrêté et j’ai pu tapé sur la vitre avec mon parapluie, mon amie hurlait. J’aurais pu passer sous les roues. Le chauffeur a rouvert les portes. Il n’est absolument pas sorti pour me relever, et ne s’est pas du tout excusé. Il aurait pu, il aurait dû même, prétextant éventuellement qu’il n’avait pas fait exprès, non, au lieu de ça, il est resté assis sur son siège et nous a dit qu’il n’était pas taxi et que comme ça la prochaine fois, on ne taperait pas sur la vitre.

Quand je demandais à Anne Dressen l’origine de ces curieuses petites pattes de chien qui couraient dans l’exposition et sur la couverture du catalogue, elle me raconta ceci, que Marc-Camille Chaimovitz lui avait lui-même raconté, à propos d’un papier peint d’Edward James, estampillé, à l’infini, des initiales de sa femme bien-aimée. Celle-ci finissant par le tromper avec un prince et après avoir voulu requalifié le divorce en l’accusant d’homosexualité – mais il était bi – le poète et dandy, ami des surréalistes, avait choisi de faire recouvrir les initiales de son ex-épouse par les empreintes de son chien qui au moins, lui, était resté fidèle. À propos de cette histoire de continuité et de transmission des motifs, et toujours à propos du commencement d’une écriture, il y aussi ce souvenir du même Edward James que j’aime beaucoup. C’est lui qui le raconte dans une interview filmée, cela remonte à son enfance. Sa mère se postait en bas des escaliers de la grande demeure familiale et criait à la nounou « Nanny, je sors ce soir faites descendre un des enfants pour qu’il m’accompagne ». La nounou lui demandait du haut de l’escalier « Lequel Mum ? » et la mère répondait « N’importe lequel, celui qui ira le mieux avec ma robe bleue ». Eh quoi ! Mais oui Edward James lui-même le déplorait et cela alors qu’il était devenu l’un des plus fantasque et généreux mécène des Surréalistes, qu’il côtoyait Picasso et Salvador Dali, et qu’il s’était fait faire pour quelques milliards de dollars un magnifique jardin de sculpures complètement fou, à Xilitla, au Mexique, qu’il appelait « Les piscines » (Las pozas). Il ajoutait : « J’étais excentrique, pas étonnant, c’est un peu comme si j’étais né avec les cheveux verts, je n’y pouvais rien ! ». Vert-vert-vert-vert- vert. Ca me fait penser à ce petit tapis tout simple, mais qui avait pour lui cette rareté d’être vert parmi tous les autres rouges et qui figurait à ce titre en bonne place dans les deux ouvrages que je citais sur les tapis berbères. Dans l’introduction de celui de Ramirez et Rolot, je lisais ceci : « Ce que certains Européens de la pénétration et du Protectorat reprochèrent aux tapis du Maghreb extrême qu’il découvraient, c’était l’irrégularité de leurs contours, la violence de leur couleurs, la naturalité de leurs laine, et, par dessus tout le désordre déconcertant et presque sauvage de la disposition. Ils leur reprochaient en fait de n’être pas semblables (…) à ces tapis ornementaux d’un Orient depuis longtemps apprivoisé. Finalement c’est bien cela. On leur reprochaient d’être eux. » En amont et toujours à l’adresse des tapis berbères, les deux auteurs citaient aussi cette très belle phrase de Jean Cocteau : « Ce qu’on te reproche, cultive-le, c’est toi ». Je repense aux femmes berbères et à leurs vies, leur corps entier dans leurs tapis, je repense à l’irrévérencieuse et scatophile Carol Rama, « Je n’avais aucun peintre comme maître, le sens du péché était mon maître », je repense à l’innocente Judith Scott, à sa vie faite d’objets entouré de laine, méconnaissables, je repense à l’atelier de Wissa Wassef, aux enfants qu’il encourageait dans leurs maladresses qui n’étaient pas sans rappeler l’art copte, je repense à tous ces tapis latino-américains qui influenceront autant par leur représentations synthétiques, que par leur technicité, le couple Albers, Sheila Hicks et encore bien d’autres du Bauhaus et du Black Montain College. Je me revois traîner au sol, à terre, satisfaite de mon effet. Je repense au silence des motifs et à la transmission de ces silences. Je repense encore à cette phrase. « Tout ce qu’on te reproche, cultive- le, c’est toi. »

Je vous laisse juge de la gravité de cet incident. J’ai pris des photos, mon amie peut témoigner ainsi qu’un monsieur qui m’a donné son numéro de téléphone. J’aimerais avoir un retour concret sur les mesures que vous allez prendre. Si vous voulez plus de renseignement, je suis à votre disposition. Je compte sur votre retour.

Merci.
Bien cordialement.

Lætitia Paviani