Mithridate VI Eupator (François Roche, R&Sie)

Texte paru dans Spoiled Climate, catalogue de François Roche, R&Sie Architects, Birkhäuser, 2004. 

 

En 66 av. J-C., Mithridate VI dit Eupator, tente de s’empoisonner, mais le poison reste sans effet sur son organisme.

Le pharmakon, à la fois drogue et remède mais aussi poison ou philtre, investit le corps avec toute son ambivalence, substance échappant à l’analyse et à sa propre fin.

Le Sibélium® traite les crises vertigineuses mais peut provoquer des troubles dépressifs /

l’Anafranil® traite les états dépressifs mais peut provoquer des crises convulsives /

la Dépakine® traite les convulsions mais peut provoquer une prise de poids /

l’Anorex® traite l’obésité mais peut provoquer des crises de tachycardie /

la Cordarone® traite les troubles du rythme cardiaque mais peut provoquer une hypothyroïdie /

le Lévotyrox® traite les insuffisances thyroïdienne mais peut provoquer des palpitations /

le Tildiem® traite les palpitations mais peut provoquer des oedèmes des chevilles /

la Modamine® traite les oedèmes mais peut provoquer des vomissements /

le Primpéran® traite les vomissements mais peut provoquer des mouvements anormaux /

le Lepticur® traite les syndromes parkinsoniens mais peut provoquer une constipation /

le Contalax® traite la constipation mais peut provoquer des douleurs et ballonements abdominaux /

l’Avafortan® traite douleurs et spasmes mais peut provoquer une agranulocytose /

l’Augmentin® traite l’agranulocytose mais peut provoquer une candidose /

le Britane® traite la candidose mais peut provoquer des allergies cutanées /

le Primalan® traite l’urticaire mais peut provoquer un glaucome /

le Diamox® traite le glaucome mais peut provoquer une crise de goutte /

le Voltarène® traite la crise de goutte mais peut provoquer des vertiges /

le Sibélium® traite les crises vertigineuses mais peut provoquer des troubles dépressifs //

Pour éviter le déshonneur de son ultime défaite guerrière, Mithridate1, sur qui plus aucun poison ne fait effet, demande à l’un de ses soldats de le poignarder.

Bloody Sunday.

L’incarnation humaine et sociale du charme instable et indéterminé de cette thérapeuthique, prend forme en la personne du pharmakos, préparateur de drogues, empoisonneur ou magicien. L’usage du pharmakos dans la civilisation grecque, s’apparente curieusement à celui de son neutre pharmakon. Désigné victime expiatoire, il est l’homme que la cité ingère, expulse et met parfois à mort pour se purifier et conjurer un fléau. Le bouc émissaire, devenu médicament collectif, paie et répare de sa matière sans garantie la faute imaginée à l’origine de la maladie. Il sera préventivement «saigné» du bouillon de la cité, dont le mouvement incessant est à la fois principe de regénération et de putréfaction, vecteur d’avancement comme de trouble. Au spectacle du désordre de la cité, ce rite cathartique est pratiqué lors d’épidémies ou de troubles sociaux, considérés, selon une logique animiste, comme deux débacles analogues. Bile-noire sociale, mauvais sang, sont systématiquement distinguées comme des menaces potentielles pour l’ordre établi. Mais c’est dans la mise à jour violente de la plaie, dans l’éruption de sa putrescence poussée par des maux redoublés, que s’opère la purification.

1887, année du jubilé de la reine Victoria, la solidité des valeurs traditionnelles et morales de l’ordre social semble ébranlée, plongeant les classes supérieures dans un climat d’insécurité. La décroissance insensible de la force économique anglaise va accentuer des inégalités sociales déjà flagrantes. Chômage et insalubrité, un tiers des londoniens est au seuil de la misère. La crise économique engendre une crise politique et une émergence des mouvements de gauche. La direction de la police métropolitaine est confiée à Sir Charles Warren, partisan de réprimer les manifestations de chômeurs par les méthodes militaires qu’il avait employées aux colonies pour mater les révoltes indigènes2.

Le 13 novembre 1887, une manifestation de 25 000 chômeurs à Trafalgar Square est ainsi réprimée par la police avec une telle violence que cette journée, dont le bilan fut lourd, sera baptisée Bloody Sunday. Une paix relative s’installe, mais la tension sociale est à son comble. La police londonienne sort de cette épreuve impopulaire et à bout de force. C’est alors que Jack L’Éventreur fait sa première apparition.

Seule la putain pouvait venir à bout de la putain. Elle seule-et Jack.

La sexualité, grand tabou victorien, est soumise à des critères moraux stricts comprenant une contention, un refoulement des pulsions sexuelles et une lutte permanente contre la tentation (on dissimule les pieds de table aux formes trop suggestives). De ce nid répressif et hypocrite nait progressivement les caractères les plus déviants et l’horreur la plus sophistiquée. L’image de la prostituée telle que Londres la cultivait à l’époque victorienne, en plein coeur d’une «syphiliphobie» exacerbée, n’inspire alors que dégoût, effroi et distance. Dans l’imaginaire du XIXème siècle, l’existence de la prostituée ne peut s’achever que dans l’auto-destruction ou… par la fouille et le déchargement de leur chair corrompue, par un être tout aussi vicié : Jack l’Éventreur.

Un discours médical est très répandu à cette époque. Il s’agit du Similia similibus curantur (Soigner le mal par le mal), devise de C.F.S. Hahnemann, père fondateur de la médecine homéopathique. Jack l’Éventreur, pharmakos de la Babylone londonienne est seul à pouvoir éliminer les porteuses de germes. Éventreur remède, poison du fléau des rues et, réformateur social. Il contraint les victoriens à la pitié pour des victimes qu’ils renient par ailleurs. Il aurait réussi là où le socialisme avait échoué : suscitant dans la presse dirigeante un mouvement de compassion pour l’humanité misérable, il aurait attiré l’attention sur les conditions de vie de l’Est End. Quoique cette hypothèse ait été avancée sous la forme d’une boutade, le sang versé et l’infect répandu de cinq putains londonniennes auront été le déclenchement d’un vaste plan de restructuration et de logements sociaux dans ce quartier.

Acné-Apocalypse-Progrès : Crises et révolutions.

Au moment où le mal est porté à sa limite naturelle, la puissance médicatrice se manifeste lors du combat entre la physiologie et la maladie, c’est à dire au moment de la crise. La puberté s’exprime et se réalise dans ce désordre. Le furoncle, émonctoire du mauvais sang, comme toutes les manifestations de l’épiderme, n’est pas tant une maladie que le symptôme d’un trouble sanguin qui trouve là sa résolution. L’acné juvénile est un appel au nettoyage du corps, à un autre émonctoire, celui du sang blanc3. Le corps sexuel en devenir de l’adolescent mutant, manifeste sous forme de crise cutanée éruptive, le travail d’éjaculation futur nécessaire à son accomplissement. Le puceau voit ainsi dans l’apocalypse de sa disgrâce, la résorption de son mal. Le langage commun tend à banaliser l’apocalypse. Étymologiquement, il s’agit en grec, du dévoilement, de la mise à nu, de la révélation des secrets humains. Dans cette acceptation précise, la catastrophe apocalyptique ne se réduit pas à la calamité qui s’abat sur la planète, elle est un tournant, une rupture de l’histoire humaine, le seuil de l’accomplissement des temps et donc l’occasion de la manifestation de ce qui, jusqu’à l’ultime crise était demeuré caché. « Mais comparez, et vous trouverez d’un côté des maux sûrs, des maux terribles, sans bornes et sans fin, de l’autre l’abus même difficile, qui s’il est grand sera passager, et tel que quand il a lieu il porte toujours en lui son remède(…). Il y aura toujours cette différence entre l’un et l’autre,(…) ; ainsi de ce côté le mal n’est jamais qu’une crise, il ne peut faire un état permanent »4.

Nombre de sectes millénaristes, comme autant de révolutions apocalyptiques ont échoué dans une misère totale et lasse, prenant la forme du contraire de leurs ambitions, régimes totalitaires et orgiaques. En véritable « acné sociale », ces sectes bourgeonnent en autarcie grouillant du pus des craintifs, à l’approche des ultimes révélations de nos fins de siècle. Ces candidats hardis et déterminés à la purge collective se pressent ensemble dans la nasse de leur auto-destruction salvatrice. Ils ouvrent ainsi la voie des nuances éthiques, en faisant, le temps d’une explosion, vibrer les distorsions du sens commun, intellectuel, politique ou religieux. La notion de progrès intervient paradoxalement dans le dangereux ébranlement de ces puissantes fondations humaines qui à la lumière de ces épisodes culturels extrêmes voient leur régénération. C’est dans la crainte et la vision du danger, propre à l’eschatologie, qu’avancent les sociétés. Mais la maîtrise de cette crainte en un principe de responsabilité, comme l’énonce Hans Jonas, ou en force constructive non pas contre, mais au plus près de l’inconnu, ne peut s’admettre qu’en acceptant l’ « ingestion » du danger jusqu’à la possiblité d’une mise en péril5.

« Moi votre repas, me voici ! »

Lorsque le bienheureux François, le lèpreux et les autres frères eurent pris place à table, on posa une écuelle entre le bienheureux François et le lèpreux. Celui-ci était véritablement couvert de plaies et hideux à voir ; ses doigts en particulier, qui prenaient sa nourriture dans l’écuelle, étaient tout rongés et sanguinolents, si bien que lorsqu’il les plongeait dans le plat, le sang et la purulence en dégoulinaient. À ce spectacle, frère Pietro et les autres frères en avaient le coeur soulevé. Cet épisode du Speculum Perfectionis, relate le repas pris par Saint François dans l’écuelle même d’un intouchable. Ce geste, à l’époque d’une église obsédée par le sang et la semence, par l’horreur de la contamination répugnante de l’immonde et de l’impur, revêt une signification révolutionnaire et éclaire sur la pratique eucharistique. Il faut en mangeant, tremper chaque bouchée dans les plaies du Christ. Et lorsqu’il boit, le serviteur du Christ peut s’imaginer qu’il boit le sang de Jésus.

Les rapports d’amour et l’oubli de la répulsion qui se lient dans cette manducation, se retrouvent dans certains rituels cannibales. Celui rapporté par Hans Staden en 1557, dans son manuscrit : Véritable histoire et description d’un pays habité par des hommes nus, féroces et anthropophages situé dans le nouveau monde nommé Amérique inconnu dans le pays d’Hesse avant et depuis la naissance de Jésus Christ jusqu’à l’année denière, est particulièrement significatif. Le prisonnier capturé dans une communauté voisine, est ramené au bout d’une corde par son nouveau maître. À l’entrée du village, acceuilli par un concert de flûtes faites d’os humains, il devra déclarer : « Moi, votre repas me voici ! ». Il est ensuite livré aux femmes qui n’interromperont leur chant que pour le battre. Puis, il est entièrement épilé et rasé en signe de désappartenance à lui-même et à ses origines, et peut alors évoluer librement dans l’enceinte du village dans une conformation paradoxale et non aggressive de « capture totale ». Les liens qui unissent l’esclave et son maître sont amicaux et affectueux et il peut se passer des années avant son sacrifice. La satisfaction du prisonnier est sincère et lors de son exécution, il mime un dernier jeu guerrier en faisant semblant d’éviter l’épée massue qui le fait danser, avant de l’assommer définitivement. On fait ensuite roussir le cadavre sur le boucan, puis on distribue hiérarchiquement les différents morceaux du corps aux membres du village. Une seule personne ne participe pas au repas rituel : le maître assassin. Il est tenu de jeûner avant l’exécution, de vomir juste après, et de porter le deuil de sa victime en changeant de nom. Le flux tendu entre le pur et l’impur, la négociation du mal avec son contraire, jouent le drame inépuisable où s’opposent le sacré et le profane, stimulant l’activité humaine6. L’épreuve de la mort incorporée par l’homme lui fait physiquement intégrer l’idée de sa propre vunérabilité, mais c’est dans leur alliance qu’il trouve les moyens d’évolution de son existence.

Dream Island.

Dans le débat qui oppose catholiques et protestants sur l’eucharistie, ces derniers ne peuvent admettre les ambiguïtés évidentes que soulève la transsubstantation. Que Jésus Christ soit devenu boisson et pain de vie pour les hommes, c’est accepter l’idée de Dieu dans un pain ou d’autant de Dieux que de miettes de pains, et bien-sûr l’idée de sa digestion et de son expulsion. Ils chient et ils pissent leur Dieu !

Il importe de souligner ici la constance du thème de l’évacuation dans la thérapeuthique. L’excrément, symbole de putréfaction et de mort, c’est le Diable. Pourtant, de l’Antiquité au XVIIIème siècle, les excreta sont utilisés comme des remèdes. L’urine vieillie faisait par exemple un excellent collyre et soignait les fistules. Les esprits responsables de la maladie étaient ainsi mis en fuite par l’administration de fientes diverses ou autres médicaments nauséabonds. Au Japon, pour faire face aux problèmes croissant de surpopulation, une extension a été construite aux alentours de Tokyo. Entièrement artificielle, elle est faite d’excreta urbains, déchets en tout genre, matière de ville reconstituée et porte le doux nom de Yumenoshima (Dream Island). Les loyers y sont très abordables mais les habitants se plaignent parfois de la puanteur.

La ligne de moindre résistance impose une tension plutôt qu’un choc.

La survie négociée qu’induit Yumenoshima repose sur la promiscuité d’éléments hostiles, danger auquel loin de s’affronter, elle se plie. Ce contrat de non-résistance à la possibilité même de sa perte est l’ultime condition de son principe vital. Certains animaux, dits hétérothermes, accordent systématiquement la température de leur corps aux conditions climatiques extérieures. Ils vont parfois jusqu’à s’immobiliser complètement dans un état proche de la mort en cas de gel ou de canicule. L’homme, lui, est en lutte permanente pour maintenir constante les 37°C de son corps et ce n’est que cadavre qu’il s’abandonnera enfin à la température de son environnement. De la même manière, on observe de plus en plus, en matière de recherche sur la sécurité automobile, l’amincissement des limites séparant le danger hors habitacle du corps du passager. Les matières protectrices et l’ensemble des structures ne s’opposent plus frontalement et rigidement à l’obstacle mais tendent à se froisser, à se déformer au plus près du conducteur, afin d’absorber l’énergie de l’impact. Tous les nouveaux sports –surf, deltaplane…- sont du type : insertion sur une onde préexistante. Ce n’est plus une origine comme point de départ, c’est une mise en orbite. Comment se faire accepter dans le mouvement d’une grande vague, d’une colonne d’air ascendante, arriver au milieu au lieu d’être l’origine d’un effort, c’est fondamental.Les sports de glisse et les sports dits extrêmes ne se pratiquent pas selon une conception d’énergie résistante ou de point de levier. Le corps traite avec une force supérieure à lui, au milieu de laquelle il est absorbé. L’enjeu tient à préserver avec souplesse l’infime distance qui le sépare du danger. Contrairement à la charge frontale, la stratégie indirecte qu’est la guerre révolutionnaire remporte des succès inattendus en opèrant un mouvement tournant pour atteindre les arrières de l’ennemi. La dislocation psychologique découle fondamentalement de cette impression d’être pris au piège. Ce stratagème a pour but d’éviter la résistance. À la guerre, comme dans la vie, l’adaptabilité est la règle qui détermine la survie, la guerre n’étant qu’une forme concentrée de la lutte de l’homme contre son environnement8. Au sens le plus profond du terme ce mouvement emprunte une « ligne de moindre résistance ».

En 66 av. J.C., Mithridate VI dit Eupator, tente de s’empoisonner, mais le poison reste sans effet sur son organisme.

Les chars ou la supériorité technique ne peuvent rien face à la détermination d’un ennemi embusqué dans ses ruines. Mithridate se prémunit du sort qu’il réserve à ses adversaires en absorbant, tous les jours, un peu de chacun des poisons les plus couramment utilisés à son époque. Il convient ainsi avec son corps d’un processus de mise en état de ruine. La lente ingestion de son déclin abat sa résistance et disloque son immunité, approchant de près le risque de sa propre mort. C’est dans la souplesse vibrante de ce bouleversement, que Mithridate trouve les moyens de sa survie. Il consomme l’ennemi et le disperse, dans le champ devenu sans repère de la nouvelle matière de son organisme.

Notes : 

1. Maître de sa propre physique et Roi de Pont de 111 à 63 av. J-C., Mithridate étendit sa domination sur les populations scythes de la Crimée. Sa vie fût une épopée quasiment surhumaine. À la mort de son père, le jeune Mithridate âgé de onze ans, jugea préférable de s’éloigner de cette mère qui n’était pas étrangère au décès de son époux. Il gagna la montagne où il vécut de chasse. Endurci au froid, à la faim et à la soif, musclé au dépassement de soi, Mithridate se prémunit également contre le poison jusqu’au jour où son organisme fut immunisé . En Chine, la technique de la variolisation est connue dés le Xème siècle. De façon très empirique, les Chinois pratiquent l’atténuation virale. Des fragments de vésicules de personnes atteintes sont prélevés alors que la sérosité est abondante et claire. Ils sont mis à sècher dans un vase de porcelaine hermétiquement clos et ceci pendant plusieurs années. Les nourrissons sont traités en introduisant un petit fragment de la croûte dans une narine. Ce genre de « vaccination »* est également pratiquée en Turquie, en prélevant des traces du contenu de pustules des cas modérés de variole et en les innoculant à des personnes saines. C’est en des termes idylliques que Lady Montague, femme de l’ambassadeur d’Angleterre à Constantinople, rapporte la pratique de l’inoculation à ses compatriotes. Mais cette thérapeutique n’est pas dénuée de risques et l’opinion publique reste très partagée quant à son intérêt. D’un côté, un risque non immédiat de l’ordre de 30% de contracter la maladie et d’en mourir ou de finir ses jours défigurés, de l’autre, la probabilité de l’ordre de 1%, de mourir immédiatement. Le verbe « mithridatiser » n’apparaît qu’au début du XXème siècle pour signifier l’action de s’immuniser en s’accoutumant à un poison.

* Dérivé du latin vaccinae, c’est-à-dire « de la vache », le mot « vaccination » signifie éthymologiquement « envachement ». C’est un terme apparu vers 1880, utilisé, semble-t-il, pour la première fois par Pasteur sur la base des travaux de l’anglais Jenner qui avait immuniser des patients contre la « variole de la vache » (cow-pox) et donc de la variole commune.

2. L’usage abusif du pouvoir arbitraire, met ici en évidence l’ambiguité du principe énoncé et l’éventualité de risques mortels, croyant apporter un remède au désordre, il précipite les événements à leur perte. La saignée se transforme en bain de sang hémorragique. Ce pouvoir, comme le souligne Rousseau, est lui-même le pire de tous les désordres : employer un tel moyen pour les prévenir, c’est tuer les gens afin qu’ils n’aient pas la fièvre !

3. « Le coït dans le mariage devient dans l’idéologie médicale du moyen-âge, une purgation, une vidange salutaire : C’est chose utile que de se marier tôt(…)la semence si elle est évacuée comme il se doit, de même qu’auparavant elle pesait sur l’homme, ainsi, une fois qu’elle est sortie, à son grand plaisir, elle le rend léger. » Petronio, Del vivere delli Romani e de conservare della sanita, Roma, D. Basa, Roma, 1592, pp. 264, 265.

4. J-J. Rousseau, Le Contrat SocialŒuvres complètes, bibliothèque de la Plèiade, Gallimard, Paris, 1959-1969, vol. II, p.998.

5. Nous soulignons que nombre d’activités humaines essentielles nécéssitent la manipulation de substances dangereuses ou s’exerçant à proximité de ces substances, et que le progrès et le développement reposent depuis toujours sur une maîtrise grandissante de ces éléments hostiles. Extrait de l’Appel d’Heidelberg aux chefs d’états et de gouvernements, 14 Avril 1992.

6. Dans le Prologue au ciel du Faust de Goethe, comme dans la religion juive, le mal aussi bien que l’erreur sont productifs. La sympathie de Dieu à l’égard d’un Méphistophélès ou de son homologue Yester Haraâ, traduit sa volonté de faire de l’esprit négateur un allié de l’homme.

7. G. Deleuze. Entretien dans L’autre Journal (Octobre 1985).

8. Basel Lidell Hart, Strategy, 1960, cité dans Anthologie mondiale de la stratégie, des origines au nucléaire, G. Chaliand, éd. R. Laffond, coll. Bouquins.

MITHRADATES VI (EUPATOR)

Laetitia Pavianii / Mathieu Lehanneurii

In 66 BCE, Mithradates VI, also known as Eupator, tried to poison himself but the drug failed to affect his organism.

Pharmakon, both drug and remedy, poison and philtre, infuses the body with all its ambivalence. This substance avoids both analysis and its own end.

Sibelium® is a treatment for attacks of vertigo, but can trigger depressive disorders.

Anafranil® is a treatment for depression but can trigger convulsions.

Depakine® is a treatment for convulsions but can trigger weight gain.

Anorex® is a treatment for obesity but can trigger tachycardia.

Cordarone® is a treatment for cardiac rhythm disturbances but can trigger hypothyroidism.

Levotoyrox® is a treatment for thyroid insufficiency but can trigger palpitations.

Tildiem® is a treatment for palpitations but can trigger oedema of the ankles.

Modamine ® is a treatment for oedema but can trigger vomiting.

Primperan ® is a treatment for vomiting but can trigger abnormal bowel movements.

Lepticur® is a treatment for Parkinson’s disease but can trigger constipation.

Contalax® is a treatment for constipation but can trigger abdominal pain and flatulence.

Avafortan® is a treatment for pain and spasms but can trigger agranulocytosis.

Augmentin® is a treatment for agranulocytosis but can trigger candidiasis.

Britane ® is a treatment for candidiasis but can trigger coetaneous allergies.

Primalan® is a treatment for urticaria but can trigger glaucoma.

Diamox® is a treatment for glaucoma but can trigger gout.

Votarene ® is a treatment for gout but can trigger vertigo.

Sibelium ® is a treatment for vertigo but can trigger depressive disorders.

To avoid the dishonour of his final defeat in war, Mithradates,iii on whom no poison had any effect, asked one of his soldiers to stab him.

Bloody Sunday.

The human and social embodiment of the unstable and indeterminate charm of this therapy is the figure of the pharmakos, the preparer of drugs, a poisoner or a magician. The role of the pharmakos in ancient Greek was curiously similar to that designated by the neutral form of the noun, pharmakon. This word refers to a designated expiatory victim, a man whom the city ingests, expels and sometimes puts to death to purify itself and stave off a plague. The sacrificial lamb, transformed into a collective medication, pays for and redeems, with his own flesh, and with no guarantees, the imaginary sin that caused the sickness. He is preventively “bled” of the city’s fluid, whose incessant movement simultaneously represents the principle of regeneration and putrefaction, a vector of both advance and disturbance.

Part of the spectacle of the disorder of the city, this cathartic rite is practiced in the face of epidemics and social disturbances, the two considered, according to an animist logic, analogous breakdowns. Social black bile, bad blood, are systematically singled out as potential dangers to the established order. But it is in the violent updating of the wound, in the eruption of its putrefaction, driven by redoubled disease, that purification takes place.

In 1887, the year of Queen Victoria’s Jubilee, the solidity of the traditional values and morals of the social order seemed to be shaken, plunging the upper classes into a climate of danger. The insensible decrease in British economic power was accentuating already flagrant inequalities. Unemployment and lack of public hygiene – a third of London’s population lived on the borderline of poverty. The economic crisis gave rise to a political crisis and the emergence of leftist movements. Sir Charles Warren, who believed that the demonstrations of the unemployed should be repressed by the same military means he had used to put down revolts of the natives in the colonies, was put in charge of the metropolitan police. iv

On 13 November 1887, the police repressed a demonstration of 25,000 unemployed in Trafalgar Square with such violence that that day, with many dead, came to be known as Bloody Sunday.

A relative peace followed, but social tension reached a climax. The London police, worn out by the ordeal, were widely hated. That was when Jack the Ripper first appeared.

Only the whore can deal with the whore. Only her – and Jack.

Sexuality, that great Victorian taboo, was submitted to strict moral criteria that included a restraint, a repression of sexual impulses and a relentless struggle against temptation (table legs considered too suggestive were hidden). This repressive and hypocritical environment little by little incubated the most deviant characters and the most sophisticated horror. The image of the prostitute cultivated by Victorian London in the grip of an hysterical “syphiliphobia” inspired only disgust, fright and distance. In the 19th century imagination the existence of prostitutes could only be ended by their self-destruction or by the rooting out and extirpation of their corrupt flesh by an equally depraved figure, Jack the Ripper.

One widespread medical discourse at that time was the doctrine Similia similibus curantur (cure like with like) devised by C. F. S. Hahnemann, the founder of homeopathic medicine. Jack the Ripper, the pharmakos of London’s Babylon, was the only one who could eliminate these carriers of disease. Ripper the remedy, poison of the plague of the streets, and social reformer. He made Victorians feel the pity for the victims that they had previously held back. He could be said to have succeeded where socialism failed: by inspiring the ruling class press to compassion for broken humanity, he attracted attention to conditions of life in the East End. Even though this hypothesis has been put forward jokingly, it is undeniable that the spilled and putrid blood of the five London whores gave rise to a vast plan to build public housing and neighbourhood improvement in the East End.

Acne – Apocalypse –Progress: Crisis and Revolutions

At the point when the sickness reaches its natural limit, the “medicating” power manifests itself in a combat between our physiology and illness, that is, at the moment of crisis.

Puberty breaks out and develops in this disorder. The furuncle, emunctory of bad blood, like all epidermal manifestations, is not so much an illness as a symptom of a blood disorder that resolves itself in this fashion. Teenage acne is a call for the cleaning of the body, for another emunctory, white blood.v The emerging sexual body of the mutant adolescent manifests, in the form of an eruptive coetaneous crisis, the future work of ejaculation necessary for its culmination. Thus the virgin sees in the apocalypse of his disgrace the reabsorption of his illness.

Common language tends to vulgarise the word apocalypse. Etymologically, in Greek, it means the unveiling, the stripping naked, the revelation, of human secrets. In this precise usage, an apocalyptic cataclysm cannot be reduced to a calamity that befalls the planet. It is a turning point, a rupture in human history, the threshold of the culmination of time and thus the occasion for the manifestation of that which, until the final crisis, has remained hidden.

“But compare, and you will find on the one hand real illnesses, terrible illnesses, limitless and infinite, and on the other the abuse, even if difficult, if it is great, will be fleeting, such that when it occurs it always carries its own remedy within itself… There will always be that difference between the two… thus in this sense the illness is never more than a crisis, it can never be a permanent state.”vi

Many millenarian sects, like many apocalyptic revolutions, have ended up in total and weary misery, turning into the opposite of their ambitions, becoming orgiastic, totalitarian regimes. Like a veritable “social acne,” the sects burgeoning in autarchy teem with the pus of the fearful at the approach of the final revelations of our turn of the century. These hardened and determined candidates for a collective purge press tightly together in the trap of their salvatory self-destruction. Thus they open the way for ethical subtleties, by making vibrate, as long as the explosion lasts, distortions of intellectual, political or religious common sense.

The notion of progress, seen from this perspective, exists in the confirmation that these extreme practices, at the limit of their own survival, are also their salvation, and, by extension, the casting into doubt of instruction, for the regeneration of society as a whole. It is through the fear and the vision of danger associated with eschatology that societies advance. But the mastering of this fear so that it turns into a “principle of responsibility,” as Hans Jonas puts it, or a constructive force, not opposing the unknown but approaching it as closely as possible, can only be accepted by “ingesting” the danger to the point of placing oneself in peril.vii

Here I come, your meal!”

When Saint Francis, the leper and the other friars sat down at the table, a bowl was placed between the blessed Francis and the leper. The latter was truly covered with sores and frightful to see; his fingers, in particular, which he used to grasp his food in the bowl, were eaten away and bleeding all over, so much so that when he stuck them into the bowl blood and pus poured out of them. This stirred the heart of friar Pietro and the others when they saw this.

This episode of Speculum Perfectionis relates the meal eaten by Saint Francis out of the very bowl of an untouchable. This gesture – at a time when the Church was obsessed with blood and seed, driven by a horror of repugnant contamination by the foul and the impure – imparted a revolutionary and fulgurate meaning to the Eucharist. “We must eat of the sores of Christ and soak each mouthful in them. And when he drinks, the servant of Christ can imagine that he drinks the blood of Jesus.”

The loving relationship and the obliviousness to the repulsive that are linked in this manducation are also found in certain cannibalistic rituals. A particularly significant example is provided by the report of Hans Staden in his 1557 manuscript, True History and Description of a Country Inhabited by Ferocious and Man-eating Naked Men, Situated in a New World Named America, Unknown in the Country of Hesse Before and Since the Birth of Jesus Christ Until Last Year. The prisoner, captured in a neighbouring community, is led at the end of a rope by his new master. At the entrance to the village, greeted by a concert played on flutes made of human bones, he is to declare, “Here I come, your meal!” Then he is delivered up to the women who interrupt their singing to beat him. After that he is completely shorn and shaven as a sign that he no longer belongs to himself or his origins, and can then advance freely within the village walls in a paradoxical and non-aggressive structured form of “total capture”. The bonds between master and slave are friendly and affectionate and years may pass before the latter is sacrificed. The prisoner’s satisfaction is sincere. During his execution, he mimes a last warrior game by pretending to avoid the sword, a bludgeon that makes him dance before knocking him out once and for all. Then the corpse is browned on a spit, and the various pieces of the body are distributed to villagers according to their hierarchical standing. Only one person does not take part in the ritual meal: the murdering master. He must fast before the execution, vomit just after and grieve for his victim by changing his own name.

The back and forth flow between the pure and the impure, the negotiation between evil and its opposite, act out an inexhaustible drama where the clash between the sacred and profane stimulates human activity.viii When incorporated into men and women the ordeal of death allows them to physically integrate the idea of their own vulnerability, but it is in the linking of the two that they find the means to advance their existence.

Dream Island

In the debate on the Eucharist between Catholics and Protestants, the latter cannot accept the obvious ambiguities raised by transubstantiation. If Jesus Christ is the bread and drink of life for humanity, then God is in a loaf of bread and every breadcrumb has a God in it, and of course they are digested and expelled. They shit and piss their God!

Here it is important to emphasize the recurrence of the theme of evacuation in therapy. Excrement, a symbol of putrefaction and death, is the Devil. Yet from Antiquity to the 17th century, excreta were used as remedies. For instance, aged urine made an excellent eyewash and cured fistula. Similarly, the spirits responsible for illness were chased away by administering various kinds of dung and other nauseating medications.

In Japan, to deal with the growing problem of overpopulation, a landfill was constructed around Tokyo. Entirely artificial, it was made of urban excreta, all kinds of waste material, reconstituted urban flesh, and given the pleasant name Yumenoshima (Dream Island). The rent there is very cheap but residents sometimes complain about the stink.

The path of least resistance creates a tension rather than a confrontation.

The negotiated survival inferred by the Yumenoshima rests on the acceptance of hostile elements, a danger that is surrendered to rather than confronted. This contract of non-resistance even to the possibility of the island’s total loss is the ultimate condition for its vital principle. Certain animals, called heterotherms, systematically adjust their body temperatures to exterior climatic conditions. Sometimes, in conditions of extreme cold or heat, they become completely immobile in a death-like state. In contrast, human beings struggle constantly to maintain their body at 37° C and only when they become a corpse do they finally given in to the environmental temperature. In the same way, in the field of automobile safety technology, we increasingly see a shrinking of the limits separating the human occupants inside from dangers outside of the passenger compartment. Nowadays, protective materials and the automobile body as a whole no longer meet external shocks rigidly and head-on, but inside tend to crumble and bend inward toward the driver, in order to absorb the energy of the impact.

“All the new sports – surfing, hang gliding, etc. – are of the same type: insertion into a pre-existing wave. No longer is it a matter of originating something as the starting point, but of orbiting. The main thing is to let yourself be taken over by the movement of a big wave, of a rising air column, to situate yourself in the middle rather than to originate an effort.”ix The practice of “gliding sports” and so-called extreme sports is not based on the concept of resistant energy or the principle of the lever. The body makes a deal with a superior force and is absorbed into its midst. The idea is to smoothly stay just on this side of the thin line that separates you from the danger.

In contrast to frontal confrontation, the strategy of indirect confrontation, revolutionary war, achieves unexpected success by outflanking the enemy to attack from behind. “Psychological dislocation arises fundamentally from the feeling of being caught in a trap. The aim of this stratagem is resistance. In war, as in life, adaptability is the rule that determines survival, since war is nothing more than a concentrated form of mankind’s struggle against its environment.”x In the most profound sense, this movement takes “the path of least resistance.”

In 66 BCE, Mithradates VI, also known as Eupator, tried to poison himself but the drug failed to affect his organism.

Tanks or technical superiority are useless in the face of the determination of an enemy waiting in ambush in the ruins. Mithradates protected himself against the fate he reserved for his adversaries by swallowing, every day, a little of each of the poisons in current use. Thus he came to an agreement with his body to undergo a process of falling into ruin.

The slow ingestion of his decline knocked out his resistance and dislocated his immune system, bringing him very close to the risk of death. It was in the vibrating smoothness of this upheaval that Mithradates found the means to survive. He consumed the enemy and dispersed it into the now unmarked field of the new flesh of his organism.

i Laetitia Paviana is a writer. Her work is published by Editions Mix, Paris.

ii Mathieu Lehanneur is a designer. In 2001 he conducted a study into the possibilities of Galenic design.

iii The king of Pontus from 1163 BCE and master of his own body, Mithradates extended his rule over the Scythians of the Crimea. His life was an almost superhuman epic. Following the death of his father, the young Mithradates, eleven years old, decided to leave his mother who had a role in her husband’s death. He went up into the mountains, where he hunted for his food. Hardened to cold, hunger and thirst, and trained in extreme self-control, he also prepared himself against poison, so well that eventually his body became immune. The technique of variolization became known in China in the tenth century. In a very empirical fashion, the Chinese practiced viral attenuation. Fragments of the vesicles of people affected by the disease were removed while the serosity was still abundant and clear. Then they were put to dry in a hermitically sealed porcelain vase for several years. Infants were treated by introducing a small fragment of the dried matter into a nostril. This kind of “vaccination” was also practised in Turkey, by taking traces of the contents of pustules from people with moderate cases of smallpox and using them to inoculate healthy people. It was in these idyllic terms that Lady Montague, the wife of the British ambassador to Constantinople, reported the practise of inoculation to her compatriots. But this therapy was not risk-free and its value was highly controversial. On the one hand, a non-immediate risk on the order of 30% of contracting the disease and dying of it or remaining disfigured for life, and on the other a probability on the order of 1% of dying immediately. The verb mithridatize appeared in the mid-19th century in English (and the early 20th century in French) to signify the act of immunizing oneself by building up a tolerance to a poison.

The word vaccination derives from the Latin vaccinae, meaning “of the cow.” Etymologically, the word vaccination means “to make cow-like.” The term appeared for the first time around 1880, apparently used for the first time by Pasteur, who based himself on the work of the English scientist Jenner who had immunized patients against cow-pox and thus against smallpox as well.

iv The abusive use of arbitrary power here highlights the ambiguity of the stated principle and the possibility of mortal dangers. In the belief that he is applying a remedy to disorder, he precipitates events with horrendous results. The bleeding is transformed into a hemorrhagic bloodbath. “This power,” emphasizes Rousseau, “is itself the worst disorder of all: to use such means to prevent disorders is like killing people so that they don’t catch a fever.”

v In medieval medical ideology, coitus during marriage became a purge, a salutary drainage: “It is useful to marry early… if the seed is properly evacuated, just as it previously weighted so heavily upon the man, now, having come out, to the man’s great pleasure, it leaves him light.”

vi J. J. Rousseau, The Social Contract.

vii “We emphasize that a number of essential human activities require the manipulation of dangerous substances or must be carried out in proximity to such, and that progress and development still depend on a growing mastery of these hostile elements.” Excerpt from the Heidelberg Appeal to the heads of state and governments, April 14, 1992.

viii In the” Prologue in Heaven” to Goethe’s Faust, as in the Jewish religion, evil and error are both productive. God’s sympathy for Mephistopheles or his homologue Yester Haraa manifests his determination to make the spirit of negation an ally of humanity.

ix Gilles Deleuze, interview in L’autre journal, October 1985.

x Basel Lidell Hart, Strategy, 1960, cited in Anthologie mondiale de la stratégie, des origines au nucléaire, Gérard Chaliand, R. Laffont, Bouquins series.