La disparition du parasol (Saadâne Afif)

La disparition du parasol (Saadâne Afif)

Un type s’agite et sur son sweat
les initiales d’un supertype.
Il gueule sur un mec que lui seul voit
et désigne la sortie en tendant le bras.
Le type qu’on ne voit pas ne cèdera pas.
Celui au sweat s’exécutera.
La peur d’être seul fait franchir le seuil.
Il franchit le seuil et se vire tout seul.

La disparition du parasol,
la fuite d’une idole,
c’est une foule exposée
à cuire tout l’été.

Quand l’oncle bien-aimé,
quand l’oncle pêcheur
quand l’oncle découvrit
son cercueil grâcieux
une grosse baleine, dit !
bien faite pour lui.
Il fut si heureux cet après-midi là
que là, hélas, il trépassa.

La disparition du parasol,
la fuite d’une idole,
c’est une foule exposée
à cuire tout l’été.
Un peu plus loin dans les allées
je retrouve mon type, l’autre, Superman.
Il s’enfile un beignet, ça me fait marrer,
sans se soucier d’être à nouveau viré,
tout débordé par son projet,
sous-exposé, sur-explosé,
ni vraiment chef, ni vraiment oeuvre
comme dit Didi, l’autre, Huberman.

La disparition du parasol,
la fuite d’une idole,
c’est une foule exposée
à cuire tout l’été.
Il y a cette porte sur le balcon
un ramasse-con, un joint étanche
entre les genres, entre les gens
qui rebondissent et puis qui glissent,
entre qui monte et qui descend
qui veut entrer et qui ne peut pas sortir
et ceux qui restent pour se marrer,
fumer des clopes et se draguer.
Accès réservé, c’est marqué.
Elle est con cette porte, transparente et fermée
comme une grosse blague dans la pente boudinée.

La disparition du parasol,
la fuite d’une idole,
c’est une foule exposée
à cuire tout l’été.

Il y a ces sièges aussi qu’on dit « noircis »
de défunts rois ainsi farcis
de mèches de cheveux du bout des doigts
de morceaux d’ongles comme il se doit,
avec du sang pendant des plombes
du gras de mouton et des oeufs crus,
le siège se couvre d’un vernis noir
aussi brillant qu’un vague espoir.
Après un temps et un peu d’ombre,
le siège se couvre d’un nouveau roi,
venu s’asseoir en catimini, au milieu de la nuit.

La disparition du parasol,
la fuite d’une idole,
c’est une foule exposée
à cuire tout l’été.

Un type s’agite et sur son sweat
les initiales d’un supertype.
Il gueule sur un mec que lui seul voit
et désigne la sortie en tendant le bras.
Le type qu’on ne voit pas ne cèdera pas.
Celui au sweat s’exécutera.
La peur d’être seul fait franchir le seuil.
Il franchit le seuil et se vire tout seul