« Arbres de la cité (… ) depuis combien d’hivers vos dépouilles fânées se plaignent sous mes pas ! » Jean Morréas, Stances, 1901 (Morgan Courtois)

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Morgan Courtois me raconte une journée où Stephen Maas, son professeur à Valenciennes, les avaient emmenés visiter le préhistosite de Ramioul, dans la commune de Flemalle, près de Liège, dans le but de les initier à différentes techniques préhistoriques telles que la taille de silex ou la chasse au propulseur. Morgan avait de la fièvre ce jour-là, c’était encore plus fou. IMG_0902P3130001   IMGP5721 IMGP2051

 

 

 

 

 

 

Juste avant, il me parlait des visions du sculpteur Tony Smith et de minimalisme doué d’affect. Je visualisais de mon côté, avec ces histoire d’enseignement préhistorique, le célèbre Frank Lloyd Wright marquant l’esprit de son nouvel employé, le même Tony Smith, en lui conseillant d’étudier la géométrie, idée de toute forme, mais surtout celle des cailles, des escargots, des coquillages et des poissons. Ils sont plus facile à saisir, aurait-il expliqué au jeune Tony, parce qu’ils sont plus près des origines et qu’ils cédent leurs secrets sans peine ! Mais la première chose que m’a montré Morgan Courtois, ce sont des dépouilles qu’il allait exposer au Creux de l’enfer. Dans le jargon technique du modelage, préparer en dépouille c’est faciliter la sortie du moule. D’habitude, il s’agit de formes souples, elles gardent l’empreinte du modèle et sont destinées à être détruites. Ici ce sont ces restes de formes, qui dans une étape inventée pour l’occasion, sont remoulées en plâtre et font le show. Les installations de Morgan Courtois ont quelque chose de ce dépouillement en cours, une lassitude d’objets qui ne se gênent pas pour se plaindre, pour céder le secret de leur embarras : une fontaine qui sent la rose, l’empreinte de bouteilles dans leur équivalent en plâtre coloré du jus qu’elles contenaient, une chemise en lévitation sur deux tréteaux figée dans du sucre et du café, ou des colonnes qui vous supplient de les emmener avec vous. Je regarde flotter une tranche de gingembre dans le thé trouble et maintenant trop infusé que nous buvons en parlant, je pense aux deux rondelles peintes flanquées sur les joues de l’autoportrait de Paul Thek en dépouille cireuse et de sa grosse langue toute sèche sortant de sa bouche, The tomb – mort d’un hippie. D’ailleurs Morgan est en train de me parler de ses lectures De la misère en milieu hippie de Ken Knabb (texte autour duquel il a pensé une exposition avec deux amis) ou encore, il me passe le livre, L’aventure des Plantes de Jean-Pierre Cuny et Jean-Marie Pelt tiré de la série documentaire homonyme qui passait sur TF1. « Ces plantes immobiles et silencieuses en quoi nous ressemblent-elles ? » peut-on lire sur la quatrième de couverture. « Créer des personnages, pas des héros, mais comme des allégories » poursuit Morgan sur son envie d’aller d’avantage vers la performance. Son ami Kevin (Bogey) qui assiste à l’entretien et avec qui collabore souvent, s’est mis debout et manipule un grand cercle recouvert de tissu tandis que Morgan, me parle de personnages figés de sel, de rivière et de joutes verbales, autant de dépouilles d’un nouveau monde.

 

« Trees of the city (…) For how many winters have your faded remains complained under my steps! » (Jean Morréas, Stances, 1901)

Morgan Courtois tells me about a day during which Stephen Maas, his professor at Valenciennes, brought them to visit the prehistoric site of Ramioul in the town of Flémalle, near Liège, with the aim of introducing them to different pre-historical techniques such as the carving of flint or hunting with bows. Morgan had a temperature that day, it was even madder. Just beforehand, he was speaking about the visions of the sculptor, Tony Smith and minimalism endowed with affect. I was visualising for my part, with these stories of pre-historic teaching, the famous Frank Lloyd Wright marking the mind of his new employee, the same Tony Smith by advising him to study geometry, the idea of all forms, but above all that of quails, snails, shells and fish. They are easier to grasp, he apparently explained to the young Tony, because they are closer to the origins and they give up their secrets easily! But the first thing that Morgan Courtois showed me were the remains he was going to show at the Creux de l’enfer contemporary art centre. In the technical jargon of modelling, preparing in relief is to facilitate coming out of the mould. Usually, these are flexible shapes they retain the mark of the model and are intended to be destroyed. Here they are the remains of the shapes, which, in a stage invented for the occasion, are remoulded in plaster and make the show, Morgan Courtois’s installations are something of this stripping underway, a weariness of objects, that do not hesitate to complain, to give up the secret of their embarrassment : a fountain that smells the rose, the mark of bottles in the equivalent in coloured plaster of the juice they used to contain, a shirt levitating on two trestles, set in sugar and coffee, or columns which beg you to take them with you. I watch a slice of ginger floating in cloudy tea that is now stewed which we drink while talking, I think of two painted ringsthat are flanked on the cheeks of Paul Thek’s self portrait as a waxy body and of his large tongue, very dry, coming out of his mouth, The tomb – death of a hippie. In addition, Morgan is talking to me about his reading De la misère en milieu hippie [On misery in the hippy world] by Ken Knabb (the text around which he conceived an exhibition with two friends) or even, he passes me the book, L’aventure des Plantes [The Adventure of Plants] by Jean-Pierre Cuny and Jean-Marie Pelt, drawn from the documentary series of the same name that used to be shown on TF1. “These silent and immobile plants, in what way do they resemble us?” We can read on the back cover. “Creating characters, not heroes, but like allegories” Morgan continues about his wish to go further towards performance. His friend Kevin (Bogey) who is present during the interview and with whom he often works in collaboration, has stood up and is handling a large circle covered in cloth while Morgan talks to me about figures fixed in salt, of rivers and debates, as many remains of a new world.

Grey Gardens

11 Singing roses

 Article paru dans le catalogue du 58ème Salon de Montrouge, 2013.